La crise des dettes et l’infernal jeu de domino qui touche depuis dix-huit mois les capitales du Sud de l’Europe et l’Irlande, (cette crise) se développe tous les jours. Mais quatre évidences commencent, oui, à apparaître. La première est la profonde absurdité de la situation actuelle. Absurdité quand on compare les sorts de l’Europe et des Etats-Unis. A Washington, Démocrates et Républicains viennent d’échouer à trouver un compromis sur une dette plus élevée que celle du Vieux continent, sans que cela pose l’once d’un problème aux marchés et à la courbe des taux d’intérêt. La raison ? La confiance reste entière dans les Bons du Trésor et la capacité des Etats-Unis, au bout du bout, à trouver un accord. Conclusion : c’est bien la question de la gouvernance en zone euro qui est centrale.

Après l’absurdité de la situation, la deuxième évidence ?

Tout cela ne pourra pas durer longtemps. Un grand banquier parisien confiait juste avant le week-end, sous le sceau de l’anonymat : « si aucune solution n’est trouvée avant Noël, c’en est plié de l’euro ». Les taux d’intérêt grimpent partout, y compris dans les pays les plus vertueux comme la Finlande ou l’Autriche. Ils grimpent parce que les capitaux quittent l’Europe, qui a pourtant besoin d’eux pour financer ses déficits et ses dépenses publics. L’Espagne est dans la seringue, la Belgique est fragilisée, le triple A de la France ne tient qu’à un fil élastique et les banques ont du mal à se financer. Tout cela n’est pas virtuel, la récession et le chômage menacent. Et les Etats, à la différence de 2008, ne sont plus là pour réassurer l’ensemble.

Troisième élément, Dominique… Berlin et Paris doivent surmonter une profonde divergence de vues.

Ce couple qui a jusqu’à maintenant échoué. Quoi de neuf ? On l’a déjà dit, de même que Bruxelles croit au Père Noël avec l’idée des euro-bonds, la France et d’autres pays croient à un miracle ; tout ira mieux si la Banque centrale européenne fait tourner la planche à billets pour racheter de la dette. Trop fastoche ! Angela Merkel et la Bundesbank, eux, veulent renforcer les contrôles et les sanctions des pays indisciplinés. Avec le risque, en ce moment, de les faire mourir guéris ! Ce dialogue de sourds dure depuis un mois. Hier soir, Nicolas Sarkozy a fait un pas vers Berlin, il veut bien revoir le Traité de Lisbonne. Au final, la BCE finira par agir. Mais le problème est le temps : réécrire le règlement de copropriété pour décider où on installe les extincteurs est utile, mais si l’incendie gagne, c’est trop tard.

Et la quatrième et dernière évidence ?

Beaucoup de politiques n’ont pas saisi le sérieux de ce qui se passe. Les marchés parient à 50% que l’euro va y rester, mais on débat de la rigueur et de la compétitivité comme du sexe des anges. La situation est assez lourde pour qu’on ne la traite pas avec trop de légèreté ou de petits calculs politiciens.

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