François Fillon est-il un ultralibéral ?

On l’entend effectivement beaucoup depuis dimanche, ce qualificatif, et je crois qu’il faut se calmer un peu sur l’utilisation de termes qui ne veulent en fait rien dire. On le dit d’autant plus qu’hier on a évoqué, ici même à ce micro, des questions sur la faisabilité d’un projet qui veut profondément changer la donne dans beaucoup de domaines sans forcément hiérarchiser les priorités. Que signifient les mots ultralibéral ou néolibéral ? Rien. Définition de Wikipédia : Le terme d’ultralibéralisme est un terme polémique employé comme slogan politique pour désigner de manière péjorative le libéralisme. En réalité, aucune école de pensée ne s’est jamais réclamée de l’ultralibéralisme. Libéral, en France, c’est déjà une condamnation au bûcher. Ultralibéral, c’est être crucifié en plus.

Bon, mais donc le projet de Fillon n’est pas ultralibéral ?

Il comporte des mesures fortes – assez proches de celles d’Alain Juppé, qui a un projet juste plus progressif. Mais on ne trouve dans aucun des deux les chiffons rouges associés dans le débat public à ce que les antilibéraux appellent l’ultralibéralisme. Y-a-t-il une baisse du Smic ? Non. Y-a-t-il la fin de la retraite par répartition et le passage à un système par capitalisation ? Non. Y a t il des atteintes au droit de grève ? Non. Y a t il une baisse des taux les plus élevés du barème de l’impôt sur le revenu et une remise en cause de la progressivité de l’impôt ? Non. Certes, il y a certes une hausse du plafond du quotient familial et la suppression de l’ISF. Mais l’ISF n’existe pratiquement nulle part ailleurs. Les autres pays préfèrent taxer les plus-values et les successions.

Mais il y a beaucoup d’emplois publics en moins et le retour aux 39 heures.

Oui, et on attend que la droite explique précisément, chiffres en mains, pourquoi les curseurs se sont arrêtés là sur tel ou tel chiffre de fonctionnaires en trop et telle durée du travail nécessaire. Mais dans les deux cas, les propositions sur la table consistent à revenir à la situation de la France en 2000, il y a quinze ans. On peut penser que c’est un recul, mais ce n’était ni la bougie ni la préhistoire. Et donc on peut se calmer sur l’ultralibéralisme. Parce que l’argument est un peu court.

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