La question fiscale est revenue en force dans le débat public, avec le ras le bol en 2013 et les gilets jaunes aujourd'hui. De quoi est-elle le nom ?

Les gilets jaunes, le 22 novembre
Les gilets jaunes, le 22 novembre © AFP / AFP

J'invite maintenant chaque auditeur, là où il est en ce moment, à se poser cette question simple et à y répondre  : payer des impôts, est-ce un acte citoyen ? C'est fait ? 

Une enquête Ipsos publiée par Le Monde donne la réponse des Français. Seulement 54% d'entre eux répondent oui, payer des impôts, c’est citoyen. Trois points de moins qu’en 2013. 

C’était peu il y a cinq ans. C’est encore moins aujourd’hui. 

On peut lire cela comme la simple mauvaise humeur devant les impôts à payer, aussi compréhensible que de ne pas aimer la roulette du dentiste. Mais en fait, non. La popularité de l’expression ras le bol fiscal sous le quinquennat précédent, comme le mouvement des gilets jaunes aujourd'hui, mouvement qui a démarré sur la fiscalité des carburants, tout cela montre une rupture entre l’impôt et la société. 

Alors, que se passe-t-il ? 

Quand on parle impôt, il y a la question de leur niveau, de ce qu’ils financent et de qui les paient. 

Longtemps, c’est la répartition de la charge fiscale, juste, pas injuste, qui a monopolisé le débat public. L’ISF, pour contre, l’impôt sur le revenu, qui le paie, qui ne le paie pas, les niches fiscales etc. Le sujet des inégalités est bien sûr déterminant, tout comme la lutte nécessaire contre l’évasion fiscale. 

Mais, un : une étude de l’Insee a montré cette semaine que les prélèvements ont grimpé de 4 à 5% en moyenne entre 2008 et 2016 pour les 10% des Français les plus aisés. Et deux, ce sujet de la redistribution n’est plus le seul. 

C’est-à-dire ?

Désormais, c’est le niveau global des prélèvements sur M. et Mme tout le monde, le plus élevé de notre histoire et de tous les grands pays développés, qui est mal supporté (45,3% du PIB en 2017, selon l'Insee, et 47,6% en 2016, selon Eurostat)

Et ce niveau est d’autant moins supporté qu’en face, les services publics rendus ne sont plus jugés satisfaisants. Ce procès-là est sans aucun doute en partie injuste, mais il est là. On peut dire qu’il y a du poujadisme, du populisme, dans ce procès à l’impôt, mais la hausse des taxes sur les carburants, logique écologiquement, n’est comprise ni économiquement ni socialement parce que d’autres impôts ne baissent pas assez en face. 

Le raisonnement est normalement imparable : si on veut plus de dépenses publiques, il faut plus d’impôts encore ; et inversement : si on veut moins d'impôts, il y aura moins de dépenses collectives. 

Mais le lien n’est bizarrement pas fait. En France, on parle d’argent public, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis on parle de taxpayer’s money, l’argent des contribuables. C’est plus net.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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