L’édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». Nicolas Sarkozy doit prononcer aujourd’hui à Annecy un discours de politique économique, avec des mesures à la clé. Un exercice qui n'est pas facile. C’est d’abord un discours très attendu. Après plusieurs semaines de gestion de la crise financière internationale et de sauvetage des banques, les Français attendent de savoir ce que le chef de l’Etat va faire pour les entreprises et leurs salariés. L’attente est forte. Le premier piège, c’est qu’il ne peut pas entretenir de faux espoirs. Le ralentissement est déjà là, ce sera sans doute même une récession, on ne sait pas combien de temps il ou elle va durer, et ses effets vont se faire sentir. Mais l’Etat ne peut pas tout et il ne servirait à rien d’entretenir l’illusion qu’il peut faire plus qu’atténuer le choc. Le deuxième piège porte un nom, c’est celui de la relance. Le mot évoque un vaste plan de soutien à l’activité, de préférence par la dépense publique, de type keynésien donc. Mais le mot et la chose sentent le souffre depuis que les socialistes les ont utilisés et mis en œuvre en 1981, avec des effets assez dévastateurs. Les priorités de Nicolas Sarkozy, on les connaîtra tout à l’heure. Ce qui est sûr, c’est que les besoins concernent, dans la situation actuelle, les entreprises en priorité, davantage que les ménages. Ce sont elles qui sont en première ligne, elles qui ont des difficultés pour trouver des financements, pour leurs investissements mais aussi en trésorerie. L’accès au crédit est difficile et les assureurs crédit refusent de garantir leurs opérations. Il y donc un risque d’asphyxie. Hier, Laurence Parisot, du Medef, a solennellement alerté les pouvoirs publics dans une lettre en parlant de « danger de mort » pour certaines PME et très petites entreprises. Et puis, dernière nécessité, prendre en charge la question de l’emploi. En revanche, décider maintenant un plan de soutien à la demande en envoyant des chèques aux ménages comme les Etats-Unis serait coûteux et, on le voit là-bas, a un effet qui ne dure pas. On a une idée de ce que le chef de l’Etat pourrait concrètement annoncer à Annecy. Un certain nombre de mesures sont connues : les 22 milliards d’euros de crédit pour les PME, les 5 milliards pour les collectivités locales, avec une pression sur les banques pour qu’elles prêtent davantage. Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy devrait évoquer un allègement de la taxe professionnelle et une amélioration du dispositif fiscal du crédit impôt recherche. Il devrait aussi évoquer la création d’un fonds d’investissement étatique qui pourrait prendre des participations au capital des entreprises pour les aider en fonds propres ou les protéger contre des attaques hostiles. Cette sorte de fonds souverain serait financé par emprunt. La vraie relance ne viendra pas de tout ça, la vraie relance est celle qui viendra de la baisse des taux d’intérêt dans la zone euro. Et elle est possible parce que tous les pays de la zone euro ont les mêmes problèmes et que l’inflation va reculer, beaucoup. La bonne nouvelle est que le prix du pétrole baisse, il est passé de près de 150 dollars le baril avant l’été à moins de 70 dollars hier. C’est le signe que l’économie va mal, mais c’est aussi une bonne nouvelle. On est pas obligé de toujours tout voir en noir.

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