Vous apportez, ce matin, des données inédites sur le nombre de Français qui quittent la France.

C’est sans doute un des sujets qui suscitent le plus de fantasmes. Combien partent ? Où vont-ils ? Pourquoi partent-ils ? Gérard Depardieu, des sportifs, des chefs d’entreprise célèbres ou discrets, voilà ceux dont on parle. Eh bien, le Sénat a arraché à Bercy quelques chiffres inédits et intéressants. La porte d’entrée, c’est le nombre de Français qui arrêtent de payer l’impôt sur le revenu ici ; jusqu’à maintenant, on ne parlait que des contribuables à l’impôt sur la fortune. Et ces chiffres montrent que les départs sont loin d’être négligeables.

Soyez précis : quelles sont ces données ?

Près de 140.000 foyers fiscaux ont quitté la France en cinq ans. En fait, entre 2007 et 2011 puisque ce sont les derniers éléments dont on dispose. On parle donc des années Sarkozy, pas encore des années Hollande. Dans le détail, on constate que le nombre de départs augmente (35.000 en 2011, + 68%) et qu’il augmente surtout pour les Français aisés. Les pays de destination qui arrivent en tête sont les Etats-Unis et la Grande-Bretagne quand on est jeune, la Suisse et la Belgique quand on l’est moins. Voilà pour le tableau.

La question, c’est de savoir comment interpréter tout cela.

Exactement ! Le président de la commission des finances du Sénat, l’UMP Philippe Marini, qui a obtenu ces chiffres, lui, n’a pas de doute. Pour lui, c’est la suppression du bouclier fiscal et la perspective de l’élection de François Hollande qui ont conduit à l’accélération des sorties en 2011. Il va plus loin : il voit un rejet de la France de la part de ses élites, ce qu’il appelle une anti-sélection des talents.

Une autre lecture est possible, Dominique ?

En tout cas une invitation à un examen précis. 140.000 départs en cinq ans, ça n’est pas rien. Mais quelle est la part de la mobilité internationale, souhaitable, des jeunes et des cadres ? Avec deux millions de Français expatriés, il est logique qu’il y ait du mouvement. Ces chiffres ne disent pas non plus combien il y a de retours, et donc on ne connaît pas le solde des sorties et des entrées. Ce qui est sûr, c’est que Paris bruisse depuis un an de départs de cadres et d’entrepreneurs. Si le ras-le-bol fiscal touche (parfois) M. et Mme Tout le monde, ceux qui ont les moyens d’y échapper le font.

Mais c’est sur un coup de gueule que vous voulez conclure.

Il est invraisemblable que l’on n’en sache pas plus sur ce sujet qui, je le disais, alimente tous les fantasmes et les rumeurs. Les Etats-Unis sont capables d’écouter toutes nos conversations, on est capable de suivre au mètre près 600.000 camions équipés d’un GPS spécial qui bipera dans 4.000 portiques sur tout le territoire pour récolter cette écotaxe qui suscite tant de colères. Et on ne saurait pas plus précisément et avec des chiffres plus récents si oui ou non des Français choisissent l’exil fiscal ! Bercy cache des choses ou se moque du monde.

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