Vous revenez ce matin sur les 10 milliards d’euros que Bercy va devoir rembourser après l’annulation de la taxe sur les dividendes.

Est-ce un « scandale d’Etat » comme le proclame Bruno Le Maire ?

Il a même parlé de plus « grand scandale de l’histoire fiscale ». Alors il y a bien sûr chez le ministre des Finances la volonté d’allumer un contrefeu après la polémique sur l’ISF. Le PS cogne sur le budget des riches, la majorité le renvoie à ses errements passés. Maintenant, il va y avoir une mission de l’inspection des finances pour déterminer les responsabilités, mais on peut déjà dire que François Hollande a fait preuve d’un amateurisme incroyable avec cette taxe à 3%. Dès le départ, des experts avaient mis en doute sa conformité avec le droit européen. Et puis surtout, le gouvernement précédent aura joué la montre jusqu’au bout, alors que la censure paraissait inéluctable. Il aurait dû annuler la taxe avant, le fardeau serait moins lourd aujourd’hui.

Qui va payer cette énorme facture ?

Hé bien, ça paraît un peu surréaliste mais le gouvernement veut faire payer les grandes entreprises, celles-là même qui viennent de gagner en justice contre l’Etat. Bruno Le Maire en appelle, je cite, à leur esprit civique ! Plus prosaïquement, la plupart de ces entreprises n’ont pas besoin d’être remboursées rapidement, d’autant qu’elles ont droit à des intérêts de 4,8% de l’Etat, un taux absolument imbattable. Mais le problème, c’est qu’une grande partie des 10 milliards vont être comptabilisés dans le déficit tout de suite, au risque de dépasser les fameux 3%. Voilà pourquoi Bercy va taxer les grands groupes. De combien ? C’est toute la question.

Cela ne risque-t-il pas de brouiller le message d’Emmanuel Macron sur les baisses d’impôts ?

Si bien sûr. L’idée serait donc de faire payer les entreprises en une seule fois, afin d’éviter une surtaxe sur plusieurs années qui ferait encore plus désordre. Et qui risquerait de dissuader  les entreprises de venir s’installer en France, après le Brexit. Bruno Le Maire reçoit Pierre Gattaz le patron du Medef cet après-midi, ils vont en parler, mais c’est surtout avec l’Afep, qui défend les grands groupes, que les tractations vont bon train. Les trois-quarts des remboursements concernent une cinquantaine d’entreprises. La partie de poker menteur devrait prendre fin cette semaine.   

Par Etienne Lefebvre

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