L'Edito éco de Dominique Seux, du quotidien "Les Echos". Les syndicats de La Poste appellent aujourd'hui à la grève pour défendre le statut de ce service public. Qu'ont-ils à craindre ? Que craignent-ils ? Quatre choses : Que la transformation de La Poste, créée en 1470 par Louis XI, en société anonyme, puis l'ouverture du capital, débouchent sur une vraie privatisation ; Que l'arrivée d'investisseurs privés signifie l'abandon des missions de service public, en gros l'accès de tous les Français à un service postal identique, à un prix unique du timbre. Les syndicats ont peur aussi de la fermeture des bureaux de postes non rentables. Et puis, évidemment, au-delà, ils s'inquiètent pour les 300.000 emplois de La Poste, c'est considérable. Pour être franc, il faut reconnaître que ces craintes doivent être entendues. Une fois que le privé a mis un pied dans le capital de Gaz de France et de France Télécom, il a poussé la porte. C'est vrai aussi que les Français peuvent s'interroger sur leurs bureaux de poste au moment où la carte judiciaire, la carte militaire, la carte hospitalière sont revues. Enfin, parler de mise en bourse en pleine crise financière est du pain béni pour le facteur Olivier Besancenot ! Sur le fond aussi, le modèle postal n'est pas le même partout. En Europe, le statut privé domine largement, le statut 100% public français est presque unique sur le continent. En Allemagne, le changement date de 1995, avec une entrée en bourse en 2000, la Deutsche Post est d'ailleurs un leader mondial. Mais aux Etats-Unis, la poste est publique. En Suède aussi. Ce qui ne veut pas dire, et c'est cela qui est intéressant, qu'elle n'a pas changé : les Suédois vont chercher leurs paquets à la supérette du coin ou à la station-service et les effectifs ont été quasiment divisés par deux en 15 ans. Les arguments du patron de La Poste, Jean-Paul Bailly : Il a sans doute eu raison d'ouvrir le débat. Ce n'est pas une question d'idéologie, Jean-Paul Bailly n'est pas un ultra-libéral patenté. C'est une question de nécessité. Pour lui, il s'agit de trouver de l'argent pour s'adapter, au profit du client, à un paysage qui bouge vite : la libéralisation du courrier sera totale en Europe en 2011 et, dès l'an prochain, la Banque postale va perdre son quasi monopole avec les Caisses d'Epargne sur le Livret A. Jean-Paul Bailly dit qu'il a besoin de 3 milliards d'euros pour investir. Par exemple, pour améliorer ses bureaux de poste, ses guichets bancaires, aussi pour répondre aux attentes des entreprises qui constituent le gros du chiffre d'affaires, 82% de l'activité courrier, des entreprises qui veulent des opérateurs complets et internationaux. 3 milliards, comment les trouver ? La Poste ne peut aligner qu'un résultat annuel de 300 millions d'euros. Si l'Etat avait de l'argent, cela se saurait. Et puis, il faudrait nouer des alliances avec d'autres groupes pour réduire les coûts, pour ne se laisser doubler par les transporteurs privés, cela se fait en échangeant du capital. Donc, il faut y aller... Une commission va faire des propositions, et Nicolas Sarkozy va trancher - les choses ne sont pas faites. La mise en bourse n'est de toute façon pas la seule solution, la Caisse des dépôts est intéressée. Il faut aussi que tout cela soit encadré, respecter les missions de service public. Mais après tout, du point de vue des clients, les changements de statut d'EDF et de France Télécom-Orange ont été plutôt réussis, il y a une certaine pression sur l'efficacité mais personne n'a perdu l'électricité ou le téléphone. Le changement de statut, ce n'est pas un miracle mais ce n'est pas un épouvantail non plus.

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