**Les syndicats de La Poste ont fait grève hier pour protester contre le changement de statut de leur entreprise... Et pour vous, leur crainte n’est pas fondée…Non. Je ne crois pas et au risque de paraître provoquant et de voir ma boîte mail submergée avec des messages de protestations amicales ou… moins amicales, j’ajoute même que l’ouverture du capital ne devrait pas être taboue ! Elle n’est pas prévue : le choix du gouvernement consiste à banaliser ce changement de statut. Le projet de loi prévoit donc que la Poste sera une société anonyme mais à capitaux 100% publics sans remise en cause des missions de service public, par exemple le nombre de points de vente. L’idée est d’éviter tout parallèle avec France Télécom ou Gaz de France. Mais ce choix a aussi un défaut : il minimise les difficultés actuelles de La Poste et il ouvre des débats juridiques et politiques – par exemple : faut-il changer de statut pour apporter de l’argent frais – là où l’enjeu est plus large : l’urgence de l’adaptation. Vers quoi ? L’activité courrier, c’est la moitié du chiffre d’affaires, 200.000 salariés, est dévorée par Internet. La crise accélère le glissement vers le courrier électronique, tout le monde y participe, les entreprises, le fisc, la sécurité sociale, les entreprises, moi, peut-être vous Nicolas… Depuis un an, l’activité courrier a reculé de 10%, d’ici 2015, ce sera 30%. Avec de tels chiffres, les sureffectifs vont être massifs, les salariés devront aller vers de nouveaux métiers à inventer, ils ne pourront pas tous être derrière les guichets de la Banque postale ou dans l’activité transport express. Seconde grande mutation, le 1er janvier 2011, la concurrence jouera aussi pour les courriers de moins de 50 grammes, les lettres. Il faut donc investir pour s’adapter à la situation. On peut dire, chez les syndicats, à gauche, que le défi est politique, il est d’abord technologique. Selon les syndicats, il n’est pas nécessaire de changer de statut.Juridiquement, peut-être. Mais le changement de statut n’est pas seulement nécessaire pour apporter les 2,7 milliards d’euros dont Jean-Paul Bailly, le patron de La Poste, a besoin. Il est nécessaire pour rendre La Poste mobile, pour trouver des partenaires, pour améliorer sa productivité et profiter des gains technologiques qui s’annoncent. Air France, devenu le numéro un mondial avec KLM, France Télécom qui a racheté Orange et est passé du téléphone fixe à l’Internet, au mobile et aux contenus, EDF, tous ont évolué ; et ni l’usager- client ni le contribuable ne sont perdants, ce qui ne veut pas dire que le changement ne doit pas bien se gérer pour les salariés et avec des obligations de service public. Mais ce qu’ils ont fait, un Air France étatique et la Direction générale des télécommunications ne l’auraient pas fait. Peut-on en être sûr ?Un exemple, la Poste américaine, service public en monopole. Confronté au déclin du courrier, son seul métier, elle a perdu 3 milliards de dollars en 2008, en perdra 7 cette année. Elle a fait partir 150.000 salariés depuis 2000 et supprime encore, ce mois de septembre, 30.000 emplois. En France, La Poste n’a pas droit à la politique du pire pour des raisons politiques.**

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