Un décret publié hier diminue dans le temps les privilèges accordés aux anciens premiers ministres. Ils sont dix dans ce cas. Un rapport suranné à la fonction politique explique une tradition qui n'avait plus de raison d'être dans son ampleur.

Edith Cresson, nouveau premier ministre, dans sa voiture de fonction à Paris le 18 mai 1991, France.
Edith Cresson, nouveau premier ministre, dans sa voiture de fonction à Paris le 18 mai 1991, France. © Getty / Gianni GIANSANTI

Ce sujet, certes anecdotique, est intéressant parce qu’il dit quelque chose du rapport qu’entretient la France avec la fonction politique. Comme il concerne aussi les contribuables, il n’est pas étranger à l’économie. 

Qu'est-ce que ces privilèges représentent ? 

Jusqu’à présent, les anciens premiers ministres ont droit ad vitam aeternam à une voiture avec chauffeur et un -ou une- secrétaire. Ils sont dix dans ce cas, de Edith Cresson (huit mois et demi à Matignon en 1991-1992) à Bernard Cazeneuve, le dernier premier ministre de François Hollande (Edith Cresson donc, Edouard Balladur, Alain Juppé, Lionel Jospin, Jean-Pierre Raffarin, Dominique de Villepin, François Fillon, Jean-Marc Ayrault, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve). Laurent Fabius, actuel président du conseil constitutionnel, n'est pas concerné. 

Coût : un peu plus d’un million d’euros en 2018. On notera en souriant que les données détaillées et individualisées ont été discrètement publiées au JO le 30 juillet, en pleines vacances - c’est un hasard. On notera aussi toujours en souriant que sur les dix bénéficiaires, trois avaient été auparavant ministre du Budget, Edouard Balladur, Alain Juppé et Bernard Cazeneuve, et qu'un s’était inquiété de la faillite de l’État, François Fillon. Bien. 

Le décret d'hier limite à dix ans après le départ de Matignon le bénéfice d’un(e) assistant(e) et à 67 ans, c’est fini. C’est donc une vraie économie. Les discussions ont été ardues avec les intéressés et un zeste de bonté d’âme ce matin m’empêche de dire qui était le plus accroché à ses avantages. Toujours est-il qu’Edouard Philippe est allé moins loin qu’il le voulait au départ : la voiture avec chauffeur reste à vie (officiellement pour raison de sécurité) et, surtout, la mesure n’est pas rétroactive, les dix actuels anciens premiers ministres conserveront leur assistante.

Qu’en penser au fond ?

Attention au poujadisme facile : les anciens premiers ministres ont une existence publique, ils participent à des manifestations officielles, sont sollicités. Et à l’étranger, on rencontre tous les cas de figure. Cela étant, les privilèges correspondent à une époque où un ancien Premier ministre voulait rester dans le jeu, rester en politique à vie, ne pas exclure un "retour". A lire les réactions sur les réseaux sociaux, tout cela ne passe plus. Ceux qui étaient à Matignon dans les années 90, c’est quand même ... loin. 

Au total, la décision d’Edouard Philippe va dans le bon sens mais avec un curieux trou dans le dispositif : on ne comprend pas pourquoi les anciens premiers ministres qui ont aujourd'hui une profession privée et des revenus (avocats) continuent d’être pris en charge par l’État. 

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