Les banquiers vont voir Christine Lagarde aujourd’hui et Nicolas Sarkozy demain. D'abord, que veut le gouvernement? Du côté politique, l'objectif est simple: maîtriser la folie des salaires, ou au moins en donner l'impression de la maîtriser au moment où les primes semblent repartir comme si rien ne s'était passé. La révélation du milliard d'euros mis de côté par BNP Paribas au premier semestre pour les bonus a beaucoup choqué pour au moins deux raisons. La première est évidente: les salariés de l'industrie se retrouvent au chômage tandis que les salariés de la finance s'en mettent plein les poches alors que c'est de la finance que sont venues les difficultés de l'industrie. La deuxième est un peu plus subtile: si les banques ont prévu tant d'argent pour leurs traders, c'est parce que ces traders ont beaucoup travaillé ces derniers mois grâce à l'argent injecté par les pouvoirs publics pour sauver le système. Argent public, primes privées: trop, c'est trop. Voilà pourquoi l'Elysée menace de plafonner les fameux bonus ! Et du côté des banquiers? Allez! Je me jette à l'eau. Je fais pire qu'avocat du diable: avocat des banquiers. D'abord, le bonus est dans la tradition du secteur. Dans les banques, des dizaines de milliers de cadres touchent des bonus. On peut changer la tradition, mais ça prend du temps. Ensuite, les banquiers français ont déjà commencé à mettre en place les recommandations, certes un peu floues, du G20 de Londres en avril dernier. Les bonus sont versés plus tard,et ceux qui sont garantis à l'embauche le sont seulement pour un an. Mais du coup, les banquiers français se sont piquer des éléments brillants, voire des équipes entières par des concurrents étrangers. C'est comme quand vous êtes sur l'autoroute à 130 kilomètres/heure, et que vous vous faites sans arrêt doubler par des voitures immatriculées en Allemagne ou en Italie qui échappent aux amendes des radars. Vous vous dites que vous aussi vous aimeriez arriver un peu plus tôt. Et bien les banquiers sont exactement dans cette situation. Sauf que c'est leur business qui est en jeu. Ils n'ont aucune qu'on abaisse la limitation à 110 ou 90 pour se faire dépasser par des chauffards dangereux à 160. Comment peut-on en sortir? En mettant une limitation de vitesse dans tous les pays, et en sanctionnant les chauffards partout. Autrement dit, et au risque de se répéter, on peut être efficace là-dessus seulement à l'échelon du monde ou au moins à l'échelon européen. Or actuellement chacun est en train de trafiquer son code de la route bancaire dans son coin. Et à Londres comme à New York, les banquiers le bras dans le plâtre après l'accident de l'automne dernier expliquent haut et fort que eux peuvent rouler sans problème à 200 kilomètres/heure. Les banquiers français sont donc irréprochables... Disons que sur les bonus, ils sont parmi les plus regardants au monde. Mais il n'y a pas que les bonus dans la vie. Là, j'enlève ma robe d'avocat. Rappelons que le premier métier des banquiers, ce n'est pas de distribuer des bonus, mais de prêter de l'argent. A l'automne dernier, quand l'Etat a volé à leur secours, ils ont dit promis-juré on augmentera nos prêts en 2009 d'au moins 3 à 4%. Aujourd'hui, on en est plutôt à 2% et beaucoup d'entreprises risquent l'asphyxie financière dans les prochaines semaines. Passons de la route au rail: un train peut en cacher un autre. Le TGV des bonus cache le tortillard des prêts aux PME. Et là, Nicolas Sarkozy a une excellente raison de taper du poing sur la table.

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