Des patrons demandent à payer davantage d'impôt, comme Christophe de Margerie de Total, Frédéric Oudéa de la Société générale ou Franck Riboud de Danone. Question simple : faut-il les écouter ?

Seize Français super-riches, comme on les appellerait aux Etats-Unis, ont signé un appel demandant, je cite, «l'instauration d’une contribution exceptionnelle qui toucherait les contribuables français les plus favorisés ». Quand j'ai lu ça sur le site de nos excellents confrères du Nouvel Obs, un bout de chanson m'est immédiatement revenu en tête.

Magali Noël chantant Boris Vian. C'était tellement osé au moment de la sortie en 1956 que le titre fut interdit à la radio. Eh bien c'est le tube de l'été que les patrons chantent au président de la république : « Fais-moi mal Nicolas. Moi j'aime l'impôt qui fait boum ». Cessons là l'ironie. Oui, il faut écouter ces dirigeants d'entreprise. Et il faut augmenter l'impôt sur les riches de manière au moins exceptionnelle. Le Premier ministre devrait d'ailleurs annoncer une mesure dans ce sens tout à l'heure.

Mais excusez-moi Jean-Marc. Je vous sentais plutôt libéral. Et là vous nous expliquez qu'il faut non seulement augmenter les impôts, mais les impôts sur les riches.

Je persiste : je suis libéral. et je crois néanmoins qu'il faut taxer les riches. Vous avez raison, ça demande explication.

Cette pétition des privilégiés vient juste après l'opinion exprimée avec force par Warren Buffett, troisième fortune mondiale, 50 milliards de dollars.

Ce financier américain explique qu'il a payé l'an dernier, le pauvre, à peine 6 millions de dollars d'impôt sur le revenu, soit 17% du total encaissé. Or les gens qui travaillent à ses côtés, et qui gagnent beaucoup, beaucoup moins, paient un impôt qui leur prend plus du tiers de leurs revenus.

Sa conclusion est limpide : « Mes amis méga riches et moi avons été suffisamment cajolés par un Parlement favorables aux milliardaires. Il est temps pour notre gouvernement d'être sérieux quand il parle de sacrifice partagé . »

Or en France on a le même écart. Selon les travaux sur la fiscalité de l'économiste Thomas Piketty, dont les recommandations sont très contestées mais dont le diagnostic fait mondialement autorité, les Français riches paient en tout 50% d'impôts tandis que les très riches paient à peine plus de 30%.

Cet écart contredit la déclaration des droits de l'homme de 1789, manifeste libéral s'il en fut. Voilà son article 13, d'une actualité criante : « Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable. Elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés . » Je répète : en raison de leurs facultés.

Pourquoi les choses changent-elles maintenant ?

C'est encore une fois notre vieille connaissance la crise. La dette publique a explosé. Il faut des plans de rigueur partout. Et comme l'explique Maurice Lévy, le patron de Publicis, « l'effort de solidarité passe d'abord par ceux que le sort a préservés . » Le mot important, c'est bien sûr « d'abord ».

Autrement dit, il va falloir augmenter les impôts sur tout le monde et mieux vaut politiquement commencer par les plus favorisés, qui ont été cajolés ces dernières années.

Un dernier mot. Si la crise pousse la droite à augmenter les impôts, et les impôts sur les riches, une idée contraire à son code génétique, il serait temps que la gauche se penche sur une autre idée d'avenir : baisser la dépense publique.

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