C’est la rentrée aussi en Europe. François Hollande dînait hier avec la chancelière allemande Angela Merkel. Qu’est-ce qu’il y a au menu européen ? Surtout de l’économie. Ca ne vous surprendra pas puisqu’on est dans un édito éco. Alors je vous propose trois plats. En entrée, la désormais classique salade grecque. Angela Merkel voit ce matin le Premier ministre grec Antonis Samaras qui verra François Hollande demain. En plat de résistance, une paella espagnole, avec des banques qui ressemblent à des crevettes pas très fraîches. En fromage, l'Europe elle-même, et son avenir difficile à voir sous la croûte. Vu la dureté des temps, je vous prive de dessert, mais pour pimenter le tout, il y aura un calendrier de septembre relevé. Le 6, la Banque centrale européenne, la fameuse BCE, précisera comment elle compte aider les pays en difficulté. Le 12, la Cour constitutionnelle allemande dira si le fonds de sauvetage des pays européens est légal selon elle. Les ministres européens des finances se réuniront. Ca s’annonce très, très chargé. Alors commençons par la Grèce. Son économie va plus mal que prévu, sa production devrait chuter de 7% cette année. Elle a bien remboursé un prêt à la BCE la semaine dernière, mais en empruntant de l’argent à ses banques qui l’ont elles-mêmes emprunté à la BCE : ça ne pourra pas continuer comme ça.Samaras demande donc un peu d'air, sous la forme d'un nouvel étalement de son assainissement budgétaire. Faites des efforts, lui répondent en choeur Merkel et Hollande. Là-dessus, la Troïka, composée de l’Union européenne, de la BCE et du FMI, enverra une délégation à Athènes la semaine prochaine afin d’évaluer, justement, les efforts des Grecs. Pour débloquer 31 milliards d’euros sans lesquels le pays tomberait immédiatement en faillite, cette troïka exigera encore plus de hausses d’impôts et de baisses de dépenses publiques. Une nouvelle saignée qui va encore affaiblir l’économie. Bref, on tourne en rond. D’une manière ou d’une autre, les Européens devront passer une nouvelle fois à la caisse. Mais la révolte gronde, en Grèce d'abord, et ensuite dans plusieurs petits pays où des officiels n’hésitent plus à parler de l’expulsion de la Grèce hors de la zone euro. Pas très appétissant… Passons à l’Espagne. Ici, le problème est d’abord dans les banques, qui ont beaucoup trop prêté d’argent à des promoteurs et des particuliers qui voulaient acheter leur logement. Près de 10% des emprunteurs ont des problèmes pour rembourser. Les banques ont près de 200 milliards d’euros de créances douteuses ; elles ont emprunté 375 milliards à la BCE. Et puis les régions aussi sont dans les cordes. Il faudrait un sauvetage global du pays, au-delà du plan européen pour les banques de 100 milliards annoncé le mois dernier. Mais pour l’instant, le chef du gouvernement Mariano Rajoy refuse d’appeler à l’aide.Et l’Europe dans tout ça ? Elle devra forcément changer. Le statu quo est impossible. Il y a trois voies. La première, c’est l’explosion de l’Union monétaire. Peu de gens la souhaitent, mais beaucoup s’y préparent, ce qui la rend davantage réalisable. La deuxième solution, c’est le saut fédéral, les déficits des uns sont automatiquement couverts par les excédents des autres. Mais c’est un saut énorme. On ne peut pas le faire sans demander l’avis aux peuples – l’idée monte d’ailleurs en ce moment, mais dans plusieurs pays, à commencer par la France, le « non » semble le plus probable. La troisième solution, c’est un ersatz de fédéralisme. Les économistes parlent d’une « mutualisation limitée ». Je ne vois pas bien comment ça marcherait ; piste à explorer. Tout semble encore possible. Mais pour y arriver, il faudra une envie d’Europe qui semble se déliter au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la dernière guerre.

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