Ce matin, une question simple : pourquoi nos lunettes sont-elles si chères ?

C’est une question que tout le monde se pose, avec une autre : comment se fait-il qu’il y ait autant d’opticiens partout ? La France est couverte de pharmacies, d’agences bancaires, de salons de coiffure et d’opticiens ! Les clients sont forcément surpris quand ils sont face à une industrie qui offre une seconde ou troisième paire de lunettes pour un euro. Les économistes, eux, se grattent la tête de perplexité quand ils voient qu’il y a de plus en plus d’opticiens – 11.400, + 50% en douze ans – mais que la concurrence ne progresse pas. C’est contraire au b.a.-ba de l’économie.

Et l’UFC Que Choisir s’est penchée sur la question…

Dans une étude publiée hier. On sait que l’Autorité de la concurrence enquête aussi et que des personnalités comme Marc Simoncini, le fondateur du site de rencontres Meetic, veulent bousculer le marché. Que dit Que Choisir ? Que les lunettes françaises sont les plus chères d’Europe ; que leur prix moyen est de 470 euros, avec une marge de 275 euros ; que la responsabilité de la situation incombe pour l’essentiel aux distributeurs parce que le coût du verre ne représente que 12% du total.

Tout cela est vrai ou pas ?

Cette étude est bien faite ; mais elle manque aussi un peu de rigueur. On dit : Les lunettes les plus chères d’Europe ? La TVA est cinq fois moins élevée sur les verres en Italie, deux fois en Espagne. Ca compte ! En plus, en France, un tiers des verres sont des verres progressifs, plus sophistiqués, c’est plus qu’ailleurs ; enfin la marge brute de 275 euros, cela ne veut pas dire grand-chose, il reste à payer le loyer du magasin et les salaires ; chez un opticien, vous avez aussi une machine pour finir les verres, elle coûte autour de 50.000 euros. Bref, la marge nette tourne autour de 5%.

Cela dit, il y a un problème ou pas ?

Oui ! Il y a trop de magasins, parce que les écoles d’optique forment trop de jeunes diplômés. Le résultat c’est que chaque opticien, en moyenne, vend trois montures, trois équipements par jour ; c’est ridicule et cela fait grimper les prix parce que ce n’est pas avec ça qu’il paie son loyer. Donc oui, le marché fonctionne mal. Et il faut vérifier s’il n’y a pas des ententes entre les grands réseaux dont chacun connaît bien les noms. C’est le travail de la justice qui a déjà épinglé les garagistes et les télécoms !

Des nouveaux entrants, vous le disiez, veulent bousculer le marché. Cela peut fonctionner ?

Il y a une attente de la part des clients, qui paient de leur poche l’essentiel des lunettes et acceptent curieusement les prix pratiqués. Il y a la piste des ventes sur Internet, mais il faut être assuré de la qualité. Il y a la piste des réseaux de soins, par lequel une mutuelle vous envoie chez un opticien avec qui elle travaille. En attendant, une autorité de la concurrence me disait hier soir que les Français ignorent qu’ils peuvent négocier les prix de leur opticien et que cela marche.

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