Le gouvernement a présenté hier son programme de stabilité 2014-2017. Une excellente idée !

Ce principe d’inscrire la politique économique dans un horizon qui va au-delà de l’année prochaine est inspiré. L’annualité budgétaire a été créée il y a des siècles, à une époque où la première production de la France était la récolte annuelle de blé, et les choses ont un peu changé depuis. Depuis 1999, tous les gouvernements de la zone euro doivent se livrer à l’exercice sur trois ans. Le système a été renforcé en 2010, avec l’obligation de présenter les perspectives budgétaires aux députés qui les votent avant transmission à Bruxelles. Allongement de l’horizon, responsabilité du Parlement, transparence de l’action politique : tout ça va dans le bon sens et ça vient de l’Europe, ce qui est bon à rappeler en ces temps d’euroscepticisme forcené.

Mais sur le fond, c'est un peu différent.

Le gouvernement est sincère pour l’année en cours, il triche un peu pour l’an prochain et invente une belle histoire pour 2016-2017. C’est ce que dit, en des termes plus choisis, le Haut conseil des finances publiques, une institution indépendante créée dans le giron de la Cour des comptes pour soupeser ces prévisions. Cette année donc, une croissance de 1% et un déficit public de 3,8% du PIB ça paraît raisonnable. L’an prochain, 1,7% de croissance et 3% de déficit c’est une « prévision volontariste », pour reprendre le bel oxymore qu’employait Christine Lagarde quand elle était ministre et qui a disparu de son vocabulaire depuis qu’elle dirige le FMI. On ne voit pas très bien ce qui permettra de baisser le volume des dépenses publiques en 2015. Enfin, un déficit public revenant à peine au-dessus de 1% en 2017 avec une croissance à plus de 2%, c’est de l’affabulation. Je suis prêt à parier là-dessus une caisse de vin avec n’importe quel ministre.

Mais au fond, est-ce que c’est important que ces prévisions soient trop optimistes ?

Il faut être franc : cela fait des années que les gouvernements français, de droite comme de gauche, racontent des

sornettes budgétaires en promettant des efforts toujours reportés à plus tard, comme le montre un beau graphique du site internet Facta Media. Paris a déjà perdu une bonne partie de sa crédibilité. Et je dois faire ici un aveu : ça n’est au fond pas très important, contrairement à ce que j’ai pu écrire ou dire pendant des années.

Pourquoi donc ce retournement ?

Ce qui compte ici, ce n’est pas tant l’avis de Bruxelles que l’opinion des investisseurs qui achètent la dette publique – les émissions d’obligations françaises seront cette année les plus massives de toute l’Europe. Or ces investisseurs adorent les belles histoires. Ils se sont racontés, contre toute évidence, que la France était en Europe ce qui ressemble le plus à l’Allemagne. Et ils sont incapables de savoir ce qu’ils achèteraient s’ils vendaient leurs

centaines de milliards d’obligations françaises. Ca peut durer très longtemps. Mais ça peut aussi changer, par un beau matin d’une journée qui finirait alors en terrible orage.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.