Peut-on faire une lecture économique des résultats d’hier soir ?

La lecture économique n’est pas la plus facile à faire parce que les résultats d’hier ont des causes d’abord politiques. Dans la campagne électorale, aucun sujet économique n’a dominé, qu’il s’agisse du pouvoir d’achat, du chômage, de la place de l’Etat - à l’exception de l’Europe, mais là encore avec une approche très politique. Dans les urnes, c’est un immense ras le bol politique qui s’est manifesté et la France rejoint en réalité les démocraties d’Europe du Nord : les profils, les qualités morales, les valeurs, ont été, cette fois-ci, plus importants que les projets, notamment économiques. Au-delà, néanmoins, quatre éléments peuvent être soulignés. Le premier est que l’échec de François Fillon, historique, n’est pas seulement dû aux affaires mais à son projet lui-même, mal calibré et très vertical. Si on doit lui reconnaître d’avoir eu le courage de ne pas cacher ce qu’il ferait, l’absence de priorités et de récit positif était difficilement compréhensible. Un exemple -on l’a déjà dit : la nécessité de passer la retraite à 65 ans n’a jamais été expliqué chiffres en mains.

Les trois autres éléments ?

Si Emmanuel Macron est arrivé en tête avec son projet social-libéral, ou libéral-social (comme vous voulez), il ne faut pas se cacher que le total des voix qui se sont portées sur des candidats qui rejettent massivement l’économie de marché telle qu’elle fonctionne (et en France on est très loin d’un libéralisme échevelé), ce total est à peu près égal aux voix des candidats pro-européens. Le Pen + Mélenchon + Dupont-Aignan pèsent autant voire plus en voix que Macron + Fillon + Hamon. C’est inédit et inquiétant. N’oublions pas que le FN qualifie de torchon oligarchique le drapeau européen. Troisième point, cruel : il n’y a plus de gauche de gouvernement, le travail fait depuis des années pour réconcilier la gauche et les entreprises, pour tenir compte du sujet des déficits publics, est à l’eau. Dernier point : la France a les moyens de stopper la vague populiste qui parcourt le monde. Mais stopper n’est rien, on l’a vu en 2002 quand Chirac n’a rien fait du message reçu, ce qui compte c’est de donner un nouvel élan et de donner à voir ce que la politique peut changer. L’action plus que la procrastination, et les résultats plus que de de trop long débats.

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