La France est lanterne rouge ou presque de l’Europe sur les comptes publics sans que cela ne trouble personne et surtout sans s'en porter mieux.

Ce n’est pas moi qui le dis : c’est Eurostat, l’organisme statistique de l’Union européenne, qui a publié hier les données 2018 pour l’ensemble des Vingt-Huit pays. Ces données sont intéressantes parce que l’on sait que la France est un des pays où le débat est le plus vif, le plus présent, sur l’austérité et l’ultra-libéralisme soi-disant imposé par Bruxelles sur la politique économique. 

Mais voilà on découvre que c’est aussi le pays qui, parmi tous les autres, n’en fait qu’à sa tête et connaît finalement une des situations les plus dégradées. Nous crions très fort que nous avons mal, mais nous sommes des simulateurs. 

Sur les 19 pays de la zone euro, un seul, Chypre, a un déficit de ses comptes publics supérieur à celui de Paris. L’Espagne est au même niveau, 2,5% du PIB. Tous les autres, tous les autres, y compris la Grèce, sont dans une meilleure situation. Sur les 28 maintenant, deux pays seulement font moins bien que Paris, Chypre (donc) et la Roumanie. A l’inverse, quatorze pays sont en équilibre ou en excédent. 

La France bat aussi deux autres records, sur le niveau des dépenses et des recettes publiques. On peut discuter à l’infini de ces records-là, qui expriment -au choix- le degré de collectivisation ou de solidarité de notre pays. On peut se dire que c’est un choix de société, ce n’est pas le sujet aujourd’hui. En revanche, la situation de déficit permanent est aberrante, révèle une incapacité à gérer nos comptes.  

A moins que … A moins que la France soit la plus maligne, la plus subtile, la plus visionnaire, en faisant différemment des autres, en s’endettant toujours plus. Avec aujourd’hui l’argument tout à fait séduisant qu’elle aurait raison contre les autres parce que le crédit est presque gratuit, ce qui permet de faire passer la pilule. 

On plaisante parce que dans ce cas, il apparaît curieusement que le génie français est bien solitaire sans que les Français n’en soient d'ailleurs heureux et reconnaissants puisqu’ils critiquent leurs services publics, le niveau des impôts et l’incapacité de leurs dirigeants. 

Le gouvernement actuel dit qu’il fait un effort, le déficit est c’est vrai passé de 80 à 60 milliards d’euros en trois ans. Mais le rouge est encore bien vif et le plus étrange est qu’il y a une sorte de consensus national pour fermer les yeux et s’en laver les mains.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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