L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». _____A la veille de Noël, c’est le moment d’essayer de faire un inventaire impossible : celui des 10 bonnes nouvelles économiques de 2008 ! C’est effectivement un pari insensé, tant l’actualité a charrié chaque jour depuis quatre mois son lot de pessimisme. Mais il faut essayer pour au moins démentir l’idée selon laquelle les journalistes contribuent à la crise en en parlant. Alors, ces bonnes nouvelles sont un peu de bric et de broc. On peut partir des plus évidentes. La première, la plus importante est bien sûr le soutien au pouvoir d’achat qu’a apporté depuis l’été la baisse spectaculaire du prix du pétrole, et donc de l’essence. Elle explique en partie la bonne tenue de la consommation cet automne en France. Autre élément positif, l’effritement des prix de l’immobilier après dix ans de hausse qui avait écarté beaucoup de jeunes de la propriété. Troisième bonne nouvelle, le rendement du Livret A, le produit d’épargne aujourd’hui rémunéré à 4%, ce qui est imbattable. Enfin, le crédit commence à se débloquer entre les banques, les entreprises et les particuliers. Ensuite sur la liste, on passe aux tendances lourdes qui ont résisté à la crise. Cinquième bonne nouvelle, le monde entier est touché, mais les pays émergents le sont moins que les pays développés en récession. La croissance de l’ensemble BRIC, Brésil, Russie, Inde et Chine, restera aux alentours de 5%. Même l’Afrique connaîtra une croissance élevée. Sixième bonne nouvelle, l’euro, qui fêtera dans quelques jours ses dix ans en tant que monnaie, a une enfance difficile mais s’en tire plutôt bien. Sans lui, on imagine la panique, en plus, sur le marché des changes entre le mark, le franc ou la lire. La septième raison de se réjouir est moins assurée. Pour l’instant, les pays ne sont pas rentrés en guerre économique ou commerciale, chacun tirant la couverture à lui, en choisissant d’élever des barrières douanières pour se protéger. Mais attention, cela change peut-être discrètement. Et puis, il y a des valeurs en hausse. On peut espérer que la huitième bonne nouvelle saluera le retour d’un peu de bon sens économique, après les excès auxquels nous avons assisté. La préférence pour le moyen terme plus que le très court terme, un rapport de forces plus sain entre industrie et finance, travail et capital. Hier soir, Jean-Claude Trichet, le président de la banque centrale européenne, a appelé à changer tout le système financier. Il faut espérer que Barack Obama, l’homme clé, poussera les réformes nécessaires. Avant-dernier motif de satisfaction, un enjeu vital n’a pas été mis de côté pour l’essentiel : le climat. L’Europe a conclu comme prévu un accord et la crise va même servir d’accélérateur. Nicolas Sarkozy, hier, a promis un nouveau plan pour l’automobile fin janvier, en citant explicitement la voiture électrique. Pour la dixième bonne nouvelle, il y a le choix entre deux informations. Si on est libéral, on se félicitera qu’aucun pays ne parle de changer de système économique à l’occasion de cette crise parce que la vraie question est celle de sa régulation. Si, au contraire, on pense que l’Etat est le mieux placé comme acteur économique, on se réjouira d’un chiffre d’hier. En France, la dépense publique représentera 53,5% du PIB l’an prochain, sans doute un record européen. Mais cela ne nous a pas protégés et est-ce que cela assure le meilleur niveau de vie sur le long terme ?

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