Cette semaine, l'édito éco c'est avec François Vidal du quotidien Les Echos

Barack Obama profite des plages d'Hawaï, mais c'est une falaise qui se dresse devant lui, la falaise fiscale. Si d’ici au 31 décembre un compromis politique n’est pas trouvé, le pays va au devant d’un choc fiscal majeur, qui pourrait casser la croissance américaine.

C’est LE sujet de cette fin d’année. Le principal risque qui menace la croissance mondiale. Depuis deux ans, on était plutôt habitués aux psychodrames européens en série. Mais, alors que la crise de la zone euro marque une pause, Washington prend le relais avec un suspense digne d’une superproduction hollywoodienne. Les Etats-Unis sont au bord d’une falaise fiscale, le désormais fameux « fiscal cliff » et le seul moyen de ne pas tomber dans le vide, c’est que Républicains et Démocrates trouvent un accord d’ici au 31 décembre. Juste après la réélection de Barack Obama, on avait cru qu’un compromis serait rapidement trouvé. On sait depuis vendredi qu’on avait tort. Cette perspective s’éloigne à grands pas. Et il paraît désormais tout à fait probable que l’économie américaine tombe de la falaise le 1er janvier.

Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ?

Eh bien c’est très simple. Fin 2012, dans quelques jours donc, deux dispositifs de relance massive de l’économie américaine vont s’arrêter en même temps. Celui mis en place par l’équipe Bush il y a dix ans et celui décidé par Barack Obama en pleine crise financière. Au total, ce sont plus de 300 milliards de dollars de réductions d’impôt et de baisses de charges qui vont disparaître du jour au lendemain. A cela viendront s’ajouter des coupes budgétaires prévues de longue date. Au final, c’est un choc fiscal de près de 600 milliards de dollars qui menace le pays. Deux chiffres pour saisir son ampleur. C’est une ponction de près de 5% de la richesse nationale qui s’annonce, quand celle prévue en France l’an prochain est de 2% seulement, si l’on ose dire. De quoi plonger instantanément l’économie américaine dans la récession. Ce dont les Américains et l’ensemble du monde se passeraient bien.

Comment éviter de tomber de la falaise ?

Aujourd’hui, le problème n’est plus technique, mais purement politique. En fait, les grandes lignes d’un accord sont sur la table. A la veille du week-end, quand le Président Obama est parti fêter Noël à Hawaï, on évoquait un cocktail alliant 1.000 milliards de dollars de hausses d’impôt et autant de réduction de dépenses sociales sur dix ans. Toute la question est de savoir si les Républicains sont capables de définir une position commune sur le sujet. La droite du parti reste hostile à tout compromis, alors que l’aile centriste serait prête à s’entendre avec les Démocrates. Au cœur des discussions, la répartition des efforts nécessaires entre les plus riches et les classes moyennes. Un débat qui fait écho à ce qu’on entend de ce côté-ci de l’Atlantique. Le suspense risque donc de durer jusqu’au 31 décembre et sans doute au-delà. Mais il ne faut pas s’y tromper. Même si un accord était signé in extremis, il ne ferait que limiter l’importance de la cure d’austérité imposée aux Américains. L’heure de la rigueur a sonné aux Etats-Unis. Il est devenu urgent de réduire un déficit budgétaire qui s’élèvera cette année à 7% du PIB, afin d’éviter que la dette du pays ne devienne incontrôlable. Un refrain aux accents là aussi très familiers pour nous Européens.

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