Pour être plus précis, je voudrais parler de géographie économique. Je vous propose un petit quizz en trois questions. Première question : le Japon est-il le champion mondial de l’électronique ?Et bien non, c’est faux. Vous connaissez bien sûr les grandes marques comme Sony, JVC ou Nintendo. Mais pour la première fois cette année, le Japon a acheté davantage de produits à puces au reste du monde qu’il n’en a vendu. Son commerce extérieur électronique est dans le rouge. Ca aurait été impensable il y a une décennie.

Deuxième question : la Chine est-elle l’atelier du monde, avec des salaires très bas ? Et bien non, c’est faux à nouveau. Dans le textile par exemple, sur la côte chinoise, là où sont installées la plupart des usines, les salaires sont trois fois plus élevés qu’au Vietnam et quatre fois plus qu’au Bangla Desh. La Chine n’est plus un pays low cost, et les usines émigrent.

Troisième question : le Vietnam est-il un pays communiste qui commence à devenir compétitif dans le textile ?Et bien non. Le Vietnam exporte désormais davantage d’électronique que de textile. Le sud-coréen Samsung veut en faire sa première base de fabrication de mobiles. Et Hanoi attire les investissements étrangers, et donc le capital, et donc le capitalisme, à coup de baisse d’impôts, exactement comme… l’Irlande. Que retenez-vous de ces changements ? D’abord l’Asie change très vite, pas seulement la Chine.Ensuite, elle redistribue les cartes de la production. La Thaïlande devient une terre de constructeurs automobiles, le Vietnam vise l’électronique, le Cambodge se couvre d’usines à textile, la Corée du sud se concentre sur l’électronique de pointe comme les dalles de téléviseurs, Taiwan est leader sur les puces et la Chine fait de tout mais veut monter en gamme notamment sur la recherche, l’éducation et la finance. Ce qui veut dire au passage qu’elle va connaître des crises financières – la première d’entre elles a d’ailleurs peut-être déjà commencé avec de grosses tensions ces derniers jours sur les prêts entre banques. Au bout du compte, l’Asie est en train d’organiser sa production à l’échelle du continent, comme l’Europe, mais sans Union asiatique, et pour l’instant sans crise.En quoi cette réorganisation de l’Asie nous concerne-t-elle ? Tout simplement parce que l’Asie tourne de plus en plus sur elle-même. Mao avait dit que la Chine devait « compter sur ses propres forces ». Ce programme devient celui de l’Asie tout entière, et il est beaucoup plus crédible à l’échelle du continent. L’Europe ne doit pas compter sur l’Asie pour relancer sa croissance essoufflée ; elle devra trouver en elle-même le ressort de son dynamisme. Ce qui peut se dire avec des mots plein de syllabes : après la mondialisation, place à la continentalisation.

► ► ► POUR ALLER + LOIN> Suivez l'actualité en direct dédiée aux continents Asiatique et Océanique > Une vue asiatique de la situation économique mondiale par l'économiste Georges Ugeux

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