La dette publique française s’approche à nouveau des 100% du produit intérieur brut. Est-ce grave ?

On l’a effectivement appris vendredi par l’Insee. A la fin septembre, la dette des administrations publiques, l’Etat, le système de protection sociale et les collectivités locales, s’élevait à 99,3% du PIB. Comme c’était avant les 10 milliards d’euros du plan de sortie de crise des Gilets Jaunes annoncé le 10 décembre, il est très possible que la barre des 100% soit atteinte en 2019. Disons que c’est : 

- symboliquement frappant,

- économiquement sans grand intérêt pour l’instant, 

- mais que c’est politiquement et socialement très inquiétant. 

Explications. 

Cela frappe les esprits parce que le gouvernement actuel comme ceux qui l’ont précédé assurent sans cesse que les finances publiques sont sous contrôle et en train de se redresser, et que ce n’est manifestement pas le cas. On ne contrôle rien. Les impôts sont très élevés, mais les déficits aussi et la dette aussi, on n’y arrive jamais. Avec le sourire, j’ai envie de dire que c’est la preuve par l’absurde que ce n’est pas la technocratie de Bercy qui dirige le pays ! Ce sont les responsables politiques. 

Maintenant, l’économie. Il n’y a pas d’un côté le Paradis sous les 100% et l’Enfer au-dessus. Il ne passera rien quand la barre sera franchie. Si la France est au-dessus de la moyenne européenne, le Japon et les Etats-Unis ont des dettes plus élevées. La question économique se posera, et là elle sera très grave, quand les taux d’intérêt remonteront. Car depuis dix ans, on s’endette presque gratuitement, mais cela finira bien par s’arrêter et là, vraiment, on ne rira plus du tout.

Mais le plus grave, dites-vous, est ailleurs.

Oui, sur le terrain politique et social. Le paradoxe incroyable est que nous avons des déficits et des dépenses collectives plus élevés qu’ailleurs, que nous avons des prélèvements obligatoires records pour quasiment toutes les catégories de Français du bas en haut de l’échelle, et que nous sommes mécontents du niveau des services publics. Les seules voix que l’on entend sont celles qui fustigent constamment leur dégradation. 

Osons une hypothèse, ce discours critique permanent alors que notre système social est bien plus développé qu’ailleurs nourrit automatiquement en revers la critique sur le ras le bol fiscal. Il faut savoir ce que l’on veut. Les 100%, ce n’est pas une bonne nouvelle, mais c’est une plus mauvaise encore si tout le monde dit, voit et répète que cela ne sert rien. : 

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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