Dominique Seux distingue ce matin la personnalité économique française de l’année. Selon lui, le ministre de l'économie a été, dans un contexte épouvantable, réactif, adaptatif et visible.

Bruno Le Maire le 3 décembre 2020 au Portugal
Bruno Le Maire le 3 décembre 2020 au Portugal © Getty / Horacio Villalobos

Qui a été la personnalité économique française de l'année ? L'exercice n'est jamais facile parce que l’horizon est large, parce qu’il arrive qu’on ait l’embarras du choix voire pas de choix du tout. 

En 2018, personne n’avait émergé. En 2019, on pouvait hésiter entre Carlos Tavares, le patron de PSA pour la fusion lancée avec Fiat, et Christine Lagarde, pour son arrivée à la tête de la BCE à Francfort - et son action a confirmé les espoirs mis en elle. 

En 2020, c’est plus facile. La personnalité de l’année est, je crois, le ministre de l’économie, des finances et de la relance, Bruno Le Maire.

Dans un contexte épouvantable, il a été réactif, adaptatif et visible. 

  • Réactif : dès début mars, il a proposé tout un plan pour soutenir l’économie (on n’imaginait pas alors qu’il y aurait une récession) ; puis il a été très au contact des petites entreprises comme des grandes. Ainsi, au printemps, il réunissait tous les jours les acteurs du commerce. 
  • Réactif donc mais aussi adaptatif, souple : il a mis un mouchoir sur ses convictions de redressement des comptes publics, il a signé des chèques en blanc – ou presque. 
  • Enfin, il a été visible : les Français l’ont découvert, et l’ont découvert accrocheur, pour défendre la réouverture des petits commerces par exemple – et l’obtenir le 28 novembre. On l’a vu partout : recapitaliser Air France, aider Renault, mais aussi indemniser les restaurants et les indépendants. 

Succès politique : en neuf mois, il n’y a pas eu de grande polémique sur les sujets économiques. Le Maire n’a pas discuté la priorité sanitaire, mais il a mis les pansements sur la plaie économique, béante. 

Bilan globalement positif, donc ?

Ce qui peut être reproché à la gestion de cette crise, c’est qu’à l’arrivée, la récession a été deux fois plus forte qu’en Allemagne, avec un endettement bien plus élevé. 

Il y a 10 ans, la France et l’Allemagne avaient le même niveau d’endettement en % du PIB (60%). Fin 2019, l’écart était de 38 points ; en 2020, il s’approche des 50 points. C’est gigantesque. C’est le choix d’un pays collectivement complètement indifférent aux questions de finances publiques

Un psychanalyste dirait peut-être qu’un ministre de Bercy venant qui plus est de la droite, (ce ministre) éprouve une jouissance très particulière à dépenser de l’argent sans compter – c’est son fruit défendu !

Mais ce ministre sait (on imagine) que le réveil sera dur quand l’après-Covid arrivera. Le fruit aura alors la forme d’un oignon qui fait pleurer à grosses larmes. On verra alors si Bruno Le Maire méritera encore le titre de personnalité économique de l’année – titre cette année totalement justifié.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter