La polémique a continué hier sur les modalités de la fusion entre les Caisses d'Epargne et les Banques populaires. Modalités qui seront annoncées d'ici jeudi, puisque les groupes annonceront leurs résultats. Ce qui sera connu invitera à modérer les commentaires car ce ne sont pas des bonnes nouvelles. De quoi s'agit-il ? L'idée de la fusion entre les Rouges de la Caisse d'épargne, couleur du logo, et les Bleus des Banques Populaires date de 2006. Mais la crise a accéléré le scénario. Pourquoi ? Parce que les deux établissements mutualistes, symboles de l'épargne tranquille, sont allés dans le décor en créant Natixis, leur filiale d'investissement qui a touché aux sub-primes et à Madoff. Cette filiale a perdu environ 2,5 milliards d'euros, a ruiné ses petits porteurs, et elle fait plonger les comptes de ses deux maisons- mères. Même l'Ecureuil est dans le rouge, c'est historique. Résultat, l'Etat est obligé d'intervenir, à hauteur au total de 5 à 7 milliards. On comprend qu'il ait envie de siffler la fin de la récréation. Ce mariage n'est pas contesté, il est forcé par la situation. Au passage, l'Etat change de stratégie vis-à-vis des banques. Au terme du montage, l'Etat pourrait détenir jusqu'à 20% du capital de ce qui sera la deuxième banque de France après le Crédit Agricole. Et il veut des sièges au conseil d'administration, ce qu'il n'a pas voulu ou obtenu de la BNP et de la Société Générale. Evidemment, Nicolas Sarkozy, qui a vu l'incompréhension suscitée dans l'opinion par l'aide aux banques, profite de la faiblesse des deux mutualistes et de leurs dirigeants, inconnus du grand public, pour prendre la main. Mais il faut le dire aussi : ce sont les bisbilles entre l'Ecureuil et les Banques Populaires qui ont ralenti la fusion. Et il était risqué de présenter des mauvais comptes jeudi sans plan de sortie. Les critiques concernent surtout la nomination, à la tête du groupe, de François Pérol, un proche de Nicolas Sarkozy, qui sera nommé dès aujourd'hui par les instances des Banques Populaires, avant que la commission de déontologie se prononce. Sur ce point, c'est la confusion : Christine Lagarde, à Bercy, dit que cette commission doit trancher, mais la commission elle-même dit que non ! On verra bien. Mais allons sur le fond. Quels sont les arguments contre l'arrivée de François Pérol ? Il serait juge et partie puisqu'il a travaillé sur la fusion. Ensuite, minoritaire, l'Etat n'aurait pas à nommer le patron. Enfin, Nicolas Sarkozy placerait ses amis partout. Comme il est déjà suspecté de cela, continuer n'est pas très habile. Tous ces arguments ont été mis sur la table, entre autres, par le Modem et le PS. Et inversement, d'autres arguments peuvent être avancés. L'intervention de l'Etat ? Tout le monde savait qu'il faudrait un profil neutre, ni rouge, ni bleu. Le paradoxe est incroyable : les mêmes qui reprochaient à l'Etat de ne pas peser assez sur les banques lui reprochent sa main mise. Il faut choisir ! Mais le vrai sujet est là plus que sur l'homme. Alors, l'homme ? François Pérol est un banquier, personne ne doute de sa compétence. La seule réserve est sa compatibilité avec la culture mutualiste. Enfin, il est proche de Nicolas Sarkozy. Mais faut-il être d'ouverture pour avoir des postes ? Personne n'a reproché la nomination d'un ministre, Jean-Pierre Jouyet, à la tête de l'Autorité des marchés financiers. Sinon, fallait-il aller le chercher, dans le privé ? Ce choix de Pérol évite au moins l'hypocrisie. Côté socialiste, Michel Rocard et Jean-Louis Bianco ne voient rien de scandaleux à cette affaire. En revanche, ce qui est certain, c'est que Nicolas Sarkozy sera jugé sur le redressement des banques.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.