Si j’en parle, c’est que nous publions une interview choc d’un homme qui se « lâche », c’est le mot. Cet homme, c’est un inconnu, le médiateur de la sous-traitance, Jean-Claude Volot.

L’idée simple : il a été nommé par le gouvernement pour calmer le jeu entre les grands groupes et les PME qui, encore plus pendant la crise qu’en temps normal, dénoncent des pratiques qui les mettraient à genoux. On entend souvent parler des relations entre la grande distribution et les agriculteurs. Mais dans l’industrie, ce ne serait pas mieux. Dans cette interview, Jean-Claude Volot parle d’omerta, de non-droit, de chantage. « On se croirait en Sicile ou en Corse (sic) », dit-il, « il faut briser la loi du silence ». Il ne donne pas de nom de sociétés, ne cite pas le CAC 40, mais on sait que les constructeurs automobiles ou aéronautiques, ou les grandes surfaces, sont des secteurs visés, sans être les seuls. Cela concerne des milliers de PME et des millions de salariés.

Quelques exemples ? Le médiateur a recensé 36 types de pratiques anormales. Leur point commun est que les acheteurs des grands groupes, je cite, pilleraient les PME pour récupérer la plus grande partie de la marge et les empêcher de grandir. La ligne générale est que les prix sont sans cesse serrés, et revus même quand il y a des engagements fermes. Deux exemples. Numéro un, avec une pratique récente : un acheteur va voir un sous-traitant, lui annonce qu’il va lui acheter tant de pièces pour un million d’euros. Mais dans la foulée, il exige un chèque immédiat de 200.000 euros pour alimenter sa trésorerie. Cela s’appelle le quick saving, ou comment réaliser rapidement des économies. Second exemple : un industriel va lancer un produit. Il consulte dix fournisseurs, leur demande des idées. Il reçoit dix réponses, sélectionne 4 fournisseurs, auxquels il transmet les réponses des 6 qui ont été éliminés. A la fin, il retient un fournisseur, en lui donnant les réponses des neuf autres. C'est peut-être du vol.

La situation est si noire ? Il faut mettre des conditionnels. On se doute que le médiateur est saisi des cas difficiles. On attend donc les réponses des grands groupes qui, eux, attendent des preuves. Tous ne sont pas des prédateurs avides et sans scrupules ! L’essentiel, au fond, est que le rapport de forces joue en défaveur des PME dans un pays qui fonctionne avec, d’un côté, des très grands groupes –et la France a beaucoup de champions– soumis à une concurrence mondiale incroyable. Et, de l’autre, des entreprises de quelques dizaines ou centaines de salariés, qui auraient intérêt à se regrouper. En criant haut et fort, le médiateur veut changer les pratiques. Avec un argument : à force d’étouffer leurs sous-traitants, les champions français vont les tuer et ils seront perdants. On verra si, après ce cri, son fauteuil à lui est bien attaché !

Les Echos publient aussi un sondage réalisé avec nos cousins de France-Info. France-Info-BPCE et l’institut Viavoice, qui montre que 56% des Français pensent que leur pouvoir d’achat va baisser dans les trois mois à venir. C’est 14 points de plus qu’en janvier et donc spectaculaire. A cause du prix du pétrole bien sûr.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.