L’arrêt définitif, samedi, du réacteur n° 1 de la centrale nucléaire de Fessenheim est une ineptie économique et climatique mais c'est un gage donné aux anti-nucléaires qui peut se comprendre dans un pays où les pro-nucléaires n'ont pas fait la preuve qu'ils ont préparé l'étape d'après.

Site nucléaire de Fessenheim
Site nucléaire de Fessenheim © Getty / SEBASTIEN BOZON

La tentation est grande de renvoyer dos-à-dos les pro-nucléaires forcenés, qui empêchent la France d’accélérer vers les nouvelles énergies renouvelables, et les anti-nucléaires tout aussi forcenés, qui n’ont pas vu que leur logiciel doit changer avec l’urgence climatique - on peut lire les articles de Cyrille Cormier et Valérie Faudonce même si ce ne sont en aucun cas des forcenés. 

Cela étant, quoi dire d’autre ?

Que la fermeture de Fessenheim est une hypocrisie climatique, qu’elle est économiquement (au sens propre) insensée mais que c’est un gage politique et écologique compréhensible. C’est vrai qu’il y a un stress qui monte à voir fonctionner des centrales prévues pour 40 ans que l’on prolonge 20 ans de plus, avec des pannes fréquentes. Donc, l’idée de fermer les vieux réacteurs un jour ou l’autre est logique. 

Mais est-ce le moment économiquement alors que les autorités de sûreté disent qu’il n’y a pas de problème à Fessenheim (et elles se sont peu trompées depuis 50 ans) ? Fessenheim est amortie, exporte du courant et l’éolien ou le solaire restent beaucoup plus chers que ce nucléaire amorti. Le résultat est qu’en France, le coût de l’électricité est bien moins cher que dans le reste de l’Europe de l’Ouest. 

Il y a, c’est vrai, désormais beaucoup d’éoliennes dans l’Est, mais Fessenheim exportait du courant en Allemagne et hasard ou pas, l’Allemagne va ouvrir en juin une grosse centrale à charbon dans la Ruhr. 

En Allemagne, il reste une centaine de centrales à charbon, et la dernière sera stoppée en ... 2038. Avec la montée ultra-rapide de l’éolien, la part du charbon y a certes baissé ces dernières années. Mais Berlin a fait une erreur historique : en face des renouvelables, on a besoin d’énergies pilotables (on appuie sur un bouton, ça démarre, vent ou pas), et charbon et gaz se substituent au nucléaire.

Conclusion ?

En France, il y a un gros doute sur l’intérêt de construire de nouvelles centrales qui s’annoncent coûteuses et EDF ne convainc pas sur ce qui va remplacer les vieilles centrales. 

Maintenant, sur le plan climatique, stop à l’hypocrisie ! En 2019, la production électrique française a émis 20 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère, les Allemands 300 millions de tonnes. Ils promettent seulement de descendre à 100 millions en 2050. 

Ce matin à 7h30, 25% de l'électricité disponible en Allemagne était produite avec du charbon et du gaz, contre 8% en France (suivre l'excellente carte Electricitymap.org). 

Conclusion : Si fermer Fessenheim est un gage pour continuer d’user le nucléaire jusqu’à que les renouvelables soient performants et peu chers, bravo bien joué, mais il est inouï que les Français battent leur coulpe en permanence.

PS : pour avoir beaucoup de données récentes, voir le compte Twitter de Paul Neau, engagé côté Négawatt mais très informé.

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