Mon excellent confrère Jean-François Achilli vient de regretter (en creux) qu’il n’y en ait pas plus souvent (des conférences de presse) –ce en quoi il a raison !

Aujourd’hui, la difficulté de Nicolas Sarkozy est que tout le monde n’aura d’oreilles que pour ce qu’il dira (ou pas) sur les autres sujets que le G20… sur la Tunisie, la Côte d’Ivoire, la présidentielle ou DSK. Parce que, soyons honnêtes, le G20 n’intéresse pas grand monde. On en parlera surtout à deux reprises, quand les sommets du de Deauville (en mai) et de Cannes (en novembre) feront de belles images. Et en attendant, les discussions ultra techniques et qui semblent n’aboutir à rien de concret vont ennuyer un peu. Evidemment, je pense qu’on aurait tort de s’en tenir là. Le G20 est important. On remarquera au passage que le moment choisi, je ne sais pas si cela tient au hasard, offre une coïncidence forte : une semaine après la visite d’Etat du numéro un chinois à Washington.

Les raisons d’être sceptiques sur les résultats du G20 français ne manquent pas. Oui, les objectifs français sont larges : un meilleur contrôle de l’évolution des prix des matières premières (pétrole donc prix de l’essence, prix agricoles), une meilleure gouvernance mondiale, les grands déséquilibres économiques et les monnaies. Comme aurait dit le Général De Gaulle, vaste programme… La vérité est que depuis que la planète économique s’est éloignée du précipice, l’appétit pour la coopération, le changement et le consensus, cet appétit a baissé. Chaque pays se préoccupe plus de son chômage, des contrats qu’il peut signer avec les Chinois et de ses échéances électorales que d’inventer du neuf. La vérité, surtout, est que l’immense majorité des pays sont assez satisfaits de l’économie mondiale telle qu’elle fonctionne.

Donc, les chances d’aboutir à quelque chose sont nulles ? Non, il y a une (petite) fenêtre pour semer des idées, et peut-être pour récolter un peu ! D’abord parce que la position de la France est plus forte que celle des présidences précédentes. Le Canada n’a pas été bon. La Corée du Sud a bien travaillé, mais le sommet final a été raté. La France a des choses à dire, même si elle serait plus écoutée si elle était une championne de la compétitivité ou si elle avait décidé de co-diriger le G20 avec l’Allemagne par exemple –ce qui aurait été fort. Mais surtout, il y a deux choses nouvelles. Un : la crise financière est finie, la récession s’éloigne, mais d’autres crises arrivent, notamment sur les matières premières. Les prix ont grimpé de 60% en deux ans. La seconde raison est que le climat est tendu entre Pékin et Washington –on l’a vu au cours de la (passionnante) conférence de presse entre Hu et Obama– et le G20 peut structurer, organiser la relation entre les deux. Bref, Nicolas Sarkozy ne doit pas espérer une crise, mais il a objectivement intérêt à ce qu’il y en ait une !

Enfin, son style est-il un atout ou un handicap ? Son volontarisme est un vrai atout. En revanche, son envie parfois irrépressible de jouer sur les rapports de forces ne peut pas marcher face à Obama ou en espérant jouer les Chinois ou les Brésiliens contre les Etats-Unis. Forcer le consensus, deux mots contradictoires, mais une nécessité.

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