Ce matin, vous vous inquiétez des outrances chiffrées qui apparaissent dans la campagne présidentielle.

Oui, la situation est suffisamment sérieuse pour ne pas en rajouter dans l’excès, qu’il s’agisse de critiquer le bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy ou de démolir les propositions de ses adversaires, François Hollande, François Bayrou, Marine Le Pen ou les autres. Chômage, croissance, dette : les signaux sont oranges, quelquefois rouges, rarement verts, inutile de charger la barque. Caricaturer, grossir le trait, c’est pourtant, manifestement, une tentation forte. On peut essayer de soumettre quelques exemples précis à ce qu’on appelle le fact-checking pour faire la part du vrai et du faux.

Prremier exemple : le bilan du président sortant sur la dette.

Il est difficile parce que ce sont des journalistes qui sont en cause ; il s’agit du livre « Un quinquennat à 500 milliards » de deux confrères de Marianne et du Point, livre à succès. L’idée : la dette publique a gonflé de plus de 600 milliards en cinq ans, seuls 100 milliards s’expliquent par la crise ; donc, le reste, c’est Sarkozy. Même l’excellente chronique Intox Désintox de Libération, peu suspect de défendre l’Elysée, a récusé cette lecture, néanmoins reprise illico presto à gauche. Car en réalité, il y a la conjoncture, il y a les mesures du quinquennat - loi TEPA, TVA restauration, Grand emprunt, aide à la Grèce etc. - ; mais il y a aussi 400 milliards hérités de l’avant-2007, du boulet des déficits structurels qui roulent tout seuls. Illustration : les baisses d’impôt de la période Jospin-Fabius y contribuent année après année. Les finances publiques sont en état calamiteux, mais la dette a augmenté de 21 points de PIB en France contre 27 en moyenne dans les pays du G7. Impossible donc de faire porter tout le chapeau à l’actuel président.

Deuxième exemple : les accusations portées sur le bilan de François Hollande et sur le projet du PS.

On a ironisé à juste titre, à l’automne, sur le chiffrage du projet du Parti socialiste par l’UMP au cours d’une réunion Téléthon, le montant final atteignant la somme pharaonique de 255 milliards d’euros. Le parti de la majorité poussait fort, en additionnant des propositions du PS et celles de chacun des candidats à la primaire socialiste. L’attaque qu’on entend beaucoup sur la Corrèze, le département le plus endetté de France, tombe aussi à plat. C’est vrai, mais la responsabilité incombe largement à la droite locale qui a précédé François Hollande, lequel a dû mettre fin à la gratuité des transports scolaires depuis début janvier. Attention à la caricature !

Derniers exemples pour François Bayrou et Marine Le Pen ?

Pour François Bayrou, c’est compliqué parce qu’en dehors de la hausse de deux points de la TVA pour boucher les déficits, on ne sait pas grand-chose ! Quant à la candidate du Front National, elle bat des records dans l’utilisation osée, olé olé des chiffres. Sachez que la sortie de l’euro conduirait à une dépréciation du franc de 9,4% (pas ,3 ou, 5) et rapporterait 161 milliards de recettes. Sans commentaires.

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