Carlos Ghosn a démissionné et Jean-Dominique Senard, qui le remplacera, a une personnalité bien différente. Anti-Ghosn, Antigone : le jeu de mot est facile, mais le job de l'actuel président de Michelin est justement celui-là, sortir d'une phase tragique et remettre de la normalité dans l'Alliance Renault-Nissan.

Jean-Dominique Senard en janvier 2019
Jean-Dominique Senard en janvier 2019 © Maxppp / Vincent Isore

Le tandem est formé de Jean-Dominique Senard, l'actuel patron de Michelin, comme président, et de Thierry Bolloré, l’actuel N°2, comme directeur général à part entière. La question qui vient à l'esprit est : "est-ce le bon choix ? ». 

Il faut se méfier des réponses définitives, parce que les journalistes économiques ont une fâcheuse tendance à s’enthousiasmer à l’arrivée d’un homme ou d’une femme immédiatement qualifiée de providentielle, avant de déchanter plus tard ! Le processus est le même chez les journalistes politiques, mais la décantation est plus rapide. 

Du coup, il est plus sage de regarder ce qui n'allait pas Chez Renault et la qualité de la solution proposée. 

Qu’est ce qui a cloché avec Ghosn ? 

  1. Sa longévité comme patron, 20 ans chez Nissan, 10 voire 13 ans chez Renault. C’était trop long. 
  2. Son pouvoir est devenu brutal et il n’y avait plus de contre-pouvoirs, deuxième problème. 
  3. Enfin, son système de rémunération était hors norme, opaque et trop lié aux performances boursières. 

Attention, cela n’empêche pas qu’il a été un grand industriel : avec lui, les ventes du Losange ont grimpé de 60%, le groupe s’est internationalisé et il a eu le premier l’intuition de la voiture électrique pour laquelle il a dépensé des milliards d’euros. Mais on était de toutes façons à la fin d’un cycle. 

Alors, le tandem Senard-Bolloré est-ce le bon choix ? Ce qui est sûr est qu’il n’y aura pas de pouvoir personnel, qu’on ne parle pas d’un mandat de quinze ans et, surtout la personnalité du patron de Senard est totalement différente, modeste, sociale -il dénonce le capitalisme financier avec constance-, mais ferme, il s’est imposé dans un univers ultra-concurrentiel (celui du pneu) alors qu’il n’était pas de la famille Michelin. 

Bref, un anti-Ghosn ? 

Les enseignants de grec et de français apprécieront le jeu de mot, « Antigone », avec son caractère tragique. 

Mais oui, et ce n'est pas la seule spécificité. Il est à noter que pour Air France, on est allé chercher un canadien de 47 ans, Ben Smith. Et chez Renault-Nissan, on va chercher un homme qui a 20 ans de plus et qui est très introduit dans les milieux économiques français, il travaillera avec un Thierry Bolloré qui est déjà là. 

C’est la preuve que le problème est celui du management, de la gouvernance, ce n’est pas une grave crise industrielle. Bref, le constructeur va plutôt bien et c’est la bonne nouvelle.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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