L’édito éco de Dominique Seux, du quotidien « Les Echos ». Après 4 ans de tensions, l’affrontement entre Volkswagen et Porsche a pris fin hier en Allemagne. Et c’est le premier qui a gagné. Oui, c’est cela, Porsche a dû capituler devant la Golf. Officiellement, c’est une fusion qui sauve les apparences et qui fait grossir encore un peu plus le numéro un européen. Mais c’est en réalité bien l’échec de la stratégie du patron de Porsche qui depuis 2005, avait les yeux plus gros que le ventre et espérait prendre le contrôle de Volkswagen. Cette fois, c’est Goliath qui a gagné contre David qui le défiait. En réalité, la fin de l’histoire aurait été différente s’il n’y avait pas eu la crise qui a compliqué la stratégie financière de Porsche- David, qui a failli gagner en dépit de leur différence incroyable de taille : Volkswagen fabrique 6 millions de voitures par an, Porsche 100.000. Hier, on a assisté à un vrai retournement de situation. Cette histoire est d’abord une histoire de famille. Une saga incroyable. D’un côté, il y avait l’austère Ferdinand Piëch, un géant de 2 mètres, patron de Volkswagen, petit-fils de Ferdinand Porsche, le fondateur de la marque et le designer de la Coccinelle. De l’autre, il y avait Wendelin Wiedeking, à la tête de Porsche depuis dix-huit ans, qui l’a redressé pour en faire le constructeur le plus rentable du monde. Il s’est émancipé de la seule célèbre mais confidentielle Porsche 911 pour aller vers les 4 X 4 et les berlines. Wiedeking était soutenu par Wolfang Porsche, cousin de … Ferdinand Porsche. Désormais, les deux branches de la famille seront réunies. Mais sans Wendelin Wiedeking. Quelles sont les autres dimensions de cet armistice ? La première est proprement allemande. Cette victoire de Volkswagen, c’est aussi la victoire du modèle rhénan sur le modèle anglo-saxon. Organisateur formidable, le patron de Porsche a aussi beaucoup misé sur la finance pour gagner la partie, s’endettant, jouant avec les hedge funds, les fonds d’investissement. Il a cherché à écarter les responsables politiques, le Land de Basse-Saxe est un actionnaire important de Volkswagen, considérant qu’ils n’ont rien à dire. Et il part de Porsche avec le joli cadeau de 50 millions d’euros. En face, on dit de Ferdinand Piëch qu’il est né avec un moteur à la place du cœur. Et lui pratique la cogestion traditionnelle à l’allemande avec les syndicats. Un dernier aspect de cette trève concerne le paysage automobile lui-même. La crise va remodeler le paysage et elle le fait déjà. Le nouveau Volkswagen veut tailler des croupières à Toyota et le doubler dans dix ans. Avec ses dix marques, qui vont de Skoda, à Audi en passant par Lamborghini, Scannia, Volkswagen et Bentley, le groupe veut être le nouveau General Motors. C’est frappant : au moment où GM supprime la moitié de ses marques, VW augmente les siennes. Il y aura des morts chez les constructeurs, il y a donc des places à prendre. Et puis, il reste un point d’interrogation… Dans ce groupe, il y a beaucoup de voitures classiques, s’y rajoutent des voitures de luxe. Correspondent-elles à la nouvelle demande, écologique, économe, d’une société qui attache peut-être moins d’importance à la voiture ? Pour l’instant, Volkswagen s’en sort très bien, grâce notamment à ses implantations en Chine ou au Brésil. Pour l’avenir, on verra.

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