Par Dominique Seux

Ce matin, les résultats des concours d’entrée dans les grandes écoles. Les plus prestigieux ont été publiés hier.

Oui, les listes d’admission à Polytechnique et à l’ensemble des grandes écoles de commerce ont été connues hier. Pour l’école des Mines, ce sera ce soir. Naturellement, cela fait moins de bruit que les résultats du Bac et cela concerne beaucoup moins de monde ; mais ce qui est intéressant est de constater combien dans notre monde changeant, notre économie qui évolue, nos crises, nos systèmes sociaux bouleversés, (dans tout cela) il y a quelque chose qui semble immuable en France : les grandes écoles de la République.

Des milliers de jeunes angoissés ou sereins ont passé les concours qui les dirigeront vers les orbites et les carrières élitistes de demain. Pourquoi je dis immuable ? Parce que depuis des dizaines d’années, le nombre de places à Polytechnique, HEC, l’Essec ou l’ESCP, par exemple, est bloqué entre 360 et 400 alors que la population étudiante a explosé. Sans parler de Normale Sup et d’autres, où c’est beaucoup moins.

Mais vous avez dit « qui semble immuable » : ce n’est donc pas le cas en réalité ?

Ce qui change pas, c’est le succès des grandes écoles, pourtant souvent critiquées, mais jamais remises en cause ni par la droite ni par la gauche. Le nombre de candidats pour passer la porte grimpe chaque année, surtout pour les écoles de management. Rendez-vous compte : il y a dix ans, c’est hier, des candidats, il y en avait 2.800 pour HEC, cette année, c’est 5.200. C’est donc de plus en plus sélectif !

En revanche, ce qui change vraiment, c’est que les classes préparatoires ne sont plus la seule voie d’accès, on peut entrer en école après l’université ou directement après le Bac ; Ce qui change surtout est qu’il y a de plus en plus de grandes écoles d’ingénieurs ou de commerce en France – plus de 200 aujourd’hui. Au total, qui le sait ? Elles accueillent plus de 200.000 élèves et non pas quelques milliers comme on le pense. Ce développement, c’est aussi la conséquence directe des doutes des familles sur les débouchés professionnels de l’université.

Vous pensez en tous cas que les grandes écoles disent quelque chose des valeurs et des priorités de la France.

Cela fait sourire. Les écoles qui préparent à l’administration, comme l’ENA ou les IRA, sont gratuites ; les écoles d’ingénieurs, qui formaient au départ ceux qui devaient bâtir les infrastructures publiques (routes, ponts, chemins de fer, défense) sont pour les plus importantes gratuites et les étudiants sont même parfois payés ; les écoles de commerce, quelle horreur le commerce, sont toutes privées et payantes. Deux siècles après, on en est toujours là !

Et le chiffre du jour : 35 milliards d’euros d’impôts payés par les groupes du CAC40.

Une enquête des Echos. C’est le total des impôts qu’ils ont payé dans le monde en 2012. Les Etats ont encaissé autant, pas moins, que ce qui a été versé aux actionnaires. Cela tord le cou à l’idée selon laquelle ces multinationales échapperaient à l’impôt. Mais cet impôt s’est déplacé avec la mondialisation, il est payé ailleurs qu’en France.

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