La circulation est revenue à la normale ou pas loin, mais il y a moins d'étrangers sur les routes tricolores - sans surprise. Les repères en matière de déplacements sont chamboulés : 700.000 Parisiens avaient quitté la capitale en quelques heures mi-mars. Ils ne sont pas tous revenus.

Juillet 2020, le trafic autoroutier sur les premiers grands départs estivaux a été 15% en dessous du niveau habituel
Juillet 2020, le trafic autoroutier sur les premiers grands départs estivaux a été 15% en dessous du niveau habituel © AFP / JACQUES DEMARTHON

Les Français partent-ils en vacances ? Une question grave qui appelle des réponses précises :)  On sait bien évidemment que la saison touristique (hôtels, restaurants, sites culturel,s, locations etc.) va être difficile pour les professionnels parce que les étrangers qui viennent d'habitude dans nos belles régions ne sont pas tous là. Mais me direz-vous : et les Français ? Les données -encore très approximatives- sur le trafic routier donnent quelques indications. Selon le Cerema, un établissement public, depuis la fin juin, la circulation routière a retrouvé ses niveaux d’avant-confinement et même au-delà, notamment à la veille du pont du 14 juillet. 

Mais attention, cette circulation n’est pas revenue pour autant au niveau des "grands départs" constaté normalement chaque été : le ministre des Transports a indiqué hier chez nos amis de France Info que pour les premiers grands départs estivaux, on a été cette année au-dessous 15% du niveau habituel.  Qui manque-t-il ? Sans doute à nouveau les étrangers. 

En réalité, pour aller plus loin, le trafic autoroutier donne des éléments plus précis, avec les péages c’est facile. Et là c’est frappant. Selon des concessionnaires, pendant le confinement, de mi-mars à mi-mai, les barrières avaient relevé 80% de passages en moins par rapport à d’habitude. Ensuite, jusqu’au 1er juin : -50%. Puis en juin : -30%. Et aujourd’hui : c’est la normale ou presque, avec davantage de Français et nettement moins d’étrangers. Les Hollandais, les Belges et les Britanniques sont ainsi restés chez eux pour des raisons évidentes. A noter que les déplacements estivaux des binationaux et des étrangers originaires du Maghreb, vers l’Espagne, le Maroc et l’Algérie, seraient en baisse. 

Au total, donc, il semble que la majorité des Français qui partent d’habitude en vacances partent en vacances.

Mais il faut être prudent. 

Oui, parce des Français ont perdu des revenus, et donc la situation n’est pas la même pour tout le monde. Ensuite parce que les déplacements de ces derniers mois ont totalement brouillé toutes les cartes – si on ose dire. En clair, il est difficile de savoir qui bouge et part en vacances. Au moment du confinement, un million et demi de Français ont changé de résidence pour passer ce confinement, et fin mai, nous a appris l’Insee mercredi, la moitié n’était pas revenue dans leur résidence habituelle. 

Le cas le plus spectaculaire est celui de Paris. Mi-mars, la capitale s’est brutalement vidée de (accrochez-vous) plus de 700.000 personnes en quelques heures, si on additionne les Parisiens et les touristes rentrés chez eux. C’est encore plus qu’on ne le pensait. Fin mai seulement 12% de ces Parisiens étaient revenus. On ne sait pas combien sont revenus et repartis depuis ou combien sont restés quelque part ailleurs. 

Bref, le Covid aura bouleversé nos vies à tous, notre histoire collective mais aussi la géographie. 

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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