L’édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos. » ____Les finances publiques ont continué hier d’animer le débat. Et ce sera encore le cas aujourd’hui. Pour dire la vérité, j’ai hésité à revenir sur les déficits publics parce qu’on en a beaucoup parlé depuis l’annonce de Nicolas Sarkozy d’un emprunt pour les dépenses dites d’avenir. Mais l’actualité fournit parfois des téléscopages intéressants. Et ce matin, il y en a deux. Le premier est lié à ce que dira aujourd’hui aux députés, Eric Woerth, le toujours ministre des Comptes publics, sur le « cadrage » du budget 2010. On va voir que ce cadrage reste très serré sur les dépenses courantes, avec notamment la poursuite de la diminution du nombre de fonctionnaires. Cela signifie, soyons précis, que 33.500 postes vont être supprimés. Là dessus, 16.000 le seront à l’éducation nationale. Cela veut dire qu’en trois ans, au total, 41.000 emplois auront disparu à l’éducation, sur un million. Le gouvernement met en avant la forte baisse du nombre d’élèves dans le secondaire, les syndicats ne sont pas d’accord. On souhaite la bienvenue à Luc Chatel, le nouveau ministre en charge. La Cour des comptes s’est aussi exprimée. Hier, elle a remis un certain nombre de pendules à l’heure sur les finances publiques. Naturellement, avec la vigueur bien connue de Philippe Séguin, son président. Pour résumer, il explique que la « France approche d’une zone très dangereuse » et qu’il y a urgence à agir. Le problème, avec la Cour des comptes, c’est qu’on a l’impression qu’elle répète toujours la même chose et que, comme un bruit de fond, on ne fait plus attention. Mais ce n’est pas pour cela qu’elle a tort. Elle explique que la France est entrée dans la crise avec plus de déficits structurels, de fond, hors conjoncture, que les autres pays. Ce matin, on peut retenir un chiffre choc. La dette publique représentera à la fin de cette année 75% du PIB, et elle devrait être à 90% en 2012. Pour se faire une idée, cette dette était de 118% du PIB en 1918, et de 170% en 1945. On peut se dire qu’on en est loin ou qu’on s’en rapproche. Quelles recommandations fait la Cour des Comptes ? Elles ne vous étonneront pas mais elles ont le mérite de la simplicité. Si un effort considérable n’est pas fait sur les dépenses, les impôts augmenteront. S’agissant de l’Etat, la Cour des comptes recommande de revoir les aides aux collectivités locales, au logement, à l’emploi, rien que cela. S’agissant de la sécurité sociale, c’est encore plus simple. Oui à la réforme des retraites, mais il faudrait aussi revoir la prise en charge à 100% des affections de longue durée. Les cotisations sociales devront aussi de toute façon être relevées. Tout cela est-il compatible avec le discours de Versailles ? Cela oblige le gouvernement à l’éclaircir. La facilité serait de dire que la Cour des comptes n’a qu’une vision comptable des choses, pas économique. Ce serait faux, d’abord parce que Philippe Séguin n’a rien d’un ultra libéral. Ensuite parce que la Cour n’est pas contre l’investissement public. Elle estime juste insuffisants les efforts sur les dépenses. Ce ne serait pas respectueux de dire qu’il y a un match entre un Nicolas Sarkozy par nature et par fonction optimiste et volontariste et un Philippe Séguin par nature et par fonction pessimiste, mais disons qu’il y a un peu de cela.

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