Ce matin, le titre de votre chronique : la France en apesanteur.

C'est l'impression qui domine. Pour s'en persuader, il suffit de voir le silence avec lequel ont été accueillies, vendredi, les prévisions trimestrielles de l'Insee pour la croissance et l'emploi. Quelques secondes ou rien en radio ou en télévision (sauf France Inter bien sûr), quelques lignes à peine dans la presse écrite ou Internet (sauf Les Échos ), aucun commentaire de responsables politiques. Et pourtant ! L'Insee confirme une récession cette année, avec une activité qui ne redémarre pas. Le résultat ? Le résultat est que fin 2013, l'activité économique sera selon toute vraisemblance encore inférieure à son niveau de début 2008 - six ans plus tôt.

C'est assez rare...

Six ans pour rien, oui c'est très très rare. L'économie a plongé en 2009, a rebondi en 2010 et début 2011 et, depuis, se traîne sans ressort et sans énergie. Six ans pour rien, en dehors des périodes de guerre, cela est arrivé dans les années 30 et, auparavant, vers 1870. Et encore, on peut le dire tout de suite : c'est un faux plat dont on parle. Car en réalité, il faut tenir compte d'un autre élément, la démographie. Entre 2008 et 2013, figurez-vous que le nombre de Français aura augmenté de presque deux millions de personnes. Ce qui veut dire que le PIB par habitant n'aura pas stagné, mais bel et bien reculé de 3 à 4%.

Vous sonnez le tocsin ce matin ?

Il est étrange que la gravité de la situation n'interpelle pas davantage… Jeudi et vendredi, la conférence sociale a ronronné, on s'est chamaillé un peu pour ne pas décevoir les médias, le gouvernement astique quant à lui les outils de sa fameuse boîte à outils. Boîte à outils, qui sent le bricolage et les fuites d'eau, pas le naufrage. La droite tape sur François Hollande par habitude, mais on ne sait pas ce qu'elle ferait. En fait, les Français ne comprennent pas ce climat de légèreté, d'apesanteur, face à une réalité qui exigerait des décisions bien plus audacieuses, d'imagination. C'est comme si les responsables politiques pensaient que, comme à chaque fois, un peu de déficits publics et de contrats aidés vont suffire et que tout va rentrer dans l'ordre.

Vous ne dramatisez pas un peu ? Les derniers indicateurs de conjoncture sont meilleurs...

Vous avez raison et vous avez tort. Oui, quelques indicateurs, la production industrielle en avril, l'intérim, sont meilleurs. Mais, non, vous avez tort sur ce que cela signifie. La vérité, quand on regarde les prévisions de l'Insee, est que la France est passée dans le camp des pays du Sud. L'activité repart, plus ou moins fortement, en Allemagne, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et au Japon, elle continue de se contracter en Italie et en Espagne. Le sujet clé n'est pas de savoir si la courbe du chômage va s'inverser à la fin de l'année et grâce à quoi. Le sujet est de savoir quand la France aura effacé ses six années les plus noires depuis les années 30.

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