Alors que la discussion du Pacte de responsabilité se poursuit à l’Assemblée, retour sur une note qui met le feu aux poudres.

Il s’agit d’un document dont a déjà parlé Philippe Lefébure hier. Ce week-end, la députée socialiste Valérie Rabault a révélé une note secrète de Bercy qui évalue noir sur blanc les effets des 50 milliards d’euros d’économies budgétaires : ils auraient un lourd effet négatif sur la croissance et détruiraient 250.000 emplois d’ici 2017. Fichtre ! Hier, cette information a fait la joie des députés frondeurs qui y voient la confirmation que la rigueur tue la croissance. De leur côté, Michel Sapin et Christian Eckert, les ministres du Budget, sont absolument furieux. On les comprend : en 1997, c’est une note confidentielle de la direction du Budget sur la situation très dégradée des comptes publics qui avait provoqué la dissolution de l’Assemblée nationale par Chirac et permis à Jospin d’entrer à Matignon. Cette affaire est donc prise au sérieux.

Mais mérite-t-elle de l’être, prise au sérieux ?

Non ! D’abord parce qu’il faut en faire une lecture complète. Elle explique aussi que les nouvelles mesures du Pacte de responsabilité – les allégements du coût du travail – créeront 190.000 emplois. Ensuite et surtout, ce genre de travail est économiquement très discutable. Depuis toujours, les économistes de Bercy utilisent le modèle mathématique Mésange, qui a une particularité : il a une approche, une inclination très keynésienne. Sa logique est simple : davantage de dépense publique créé de l’emploi, davantage d’impôts ou moins de dépense en détruit. La quantité des uns et des autres est tout calibré avec des séries historiques. Le problème est que ce type de raisonnement très hydraulique - on ouvre ou on ferme la vanne publique et on sait ce qu’il sort du robinet – (ce raisonnement) est court-termiste et oublie souvent le long terme : quand on dépense trop pendant des années, on étouffe la croissance et la compétitivité. L’économiste Vincent Champain prend la comparaison suivante : à court terme, on voit tous mieux l’intérêt de faire un bon repas plutôt qu’une séance de sport ; on oublie l’intérêt à long terme, pourtant réel, d’avoir un régime alimentaire sain. Dernier point, ces modèles ne distinguent pas les dépenses entre elles : dépenser plus pour vraiment améliorer le niveau éducatif est pertinent ; dépenser plus pour maintenir des fonctions inutiles est une mauvaise idée, tailler dans ces dépenses est nécessaire. Pour reprendre l’analogie précédente, un kilo de nourriture supplémentaire n’a pas le même effet s’il s’agit de sucreries ou de vitamines indispensables !

Quelle conclusion ?

Que les économistes devraient dire sur quel type de modèle, d’enchaînements, s’appuient leurs calculs. Qu’ils rappellent que les résultats ne sont pas les mêmes dans un pays qui comme la France figure dans le top 8 mondial des dépenses publiques et dans un autre. Il y a deux ans, pour justifier ses coups de massue fiscaux, le gouvernement s’était appuyé sur des modèles du FMI garantissant - selon lui - que relever les impôts était moins dangereux qu’économiser. On sait ce qui a suivi : le ras le bol fiscal. Dans modèle, il y a mode.

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