Pour deux jours, les stars mondiales du Web seront à Paris, dans le jardin des Tuileries, pour l’e-G8.

Pour les fans de nouvelles technologies, les "geeks", ce rassemblement est comme Cannes pour les cinéphiles, un moment pour compter les têtes d’affiches. Des têtes d’affiches, il y en a : les patrons de Google, Facebook, eBay, Skype, Wikipedia, etc. Sauf que cette rencontre aura lieu à guichets fermés et sans montée des marches ! Mis sur pied en six semaines, l’événement est déjà vivement critiqué sur la Toile, qui n’aime pas ce qui est institutionnel. Les blogueurs se voient en contre-pouvoir, pas en icône embourgeoisée aux Tuileries. Pour le reste, il est clair aussi qu’avec ce e-G8, Nicolas Sarkozy veut se donner une image moderne avant le « vrai » G8 de Deauville jeudi. Mais le plus intéressant est ailleurs. C’est le fait qu’un e-G8 en France est à la fois inattendu et improbable. On verra s’il est utile ou inutile.

Il est inattendu parce que la France n’est pas la championne des nouvelles technologies. Exactement ! La France a été plus vite que d’autres pays pour l’accès à Internet, mais elle prend du retard sur le très haut débit notamment. Elle ne se place pas très bien sur la place du numérique (les ordinateurs, le Web) dans l’économie. Moins de 5% du PIB contre plus de 7% aux Etats-Unis ou en Suède. Le numérique, c’est la moitié de la croissance américaine, un quart ici. L’Asie et les Etats-Unis dominent la recherche, l’innovation et trustent toutes les marches des podiums. Dans le matériel, c’est évident. Dans l’industrie du logiciel, il y a peu de grands européens, en dehors de l’allemand SAP ou du français Dassault Systems. Il y a beaucoup de start-up, mais petites.

Cet e-G8 à Paris est aussi improbable, parce que la France est connue pour son envie de contrôler le Web, ce qui passe mal. La France est le pays qui exprime le plus fort son envie de réguler Internet, pour protéger la vie privée, pour ne pas perdre trop de recettes fiscales quand vous commandez un livre sur Internet et qu’il arrive du Luxembourg. Il y a eu la loi Hadopi contre le piratage des films. C’est cela qui explique la méfiance du secteur. Les Etats-Unis, eux, défendent depuis toujours l’auto-régulation, parce qu’ils sont les plus puissants. Au total, deux évolutions sont quand même notables : l’idée d’installer des gendarmes progresse, tandis que Nicolas Sarkozy veut moins tout régenter.

Mais au fond, inattendu et improbable en France, ce rendez-vous sera-t-il inutile ? Les grandes messes débouchent rarement sur des miracles. Mais pas totalement inutile. Parce que : 1- L’important est que les acteurs se parlent entre eux. En France, le conflit central actuel oppose les Google, les Facebook, qui captent les revenus de la publicité en bénéficiant des réseaux physiques payés par d’autres, Orange, SFR ou Bouygues, qui, du coup, n’investissent plus assez. 2– Cet e-G8 montre qu’Internet a désormais une dimension politique (on l’a vu en Tunisie, en Egypte, en Espagne, peut-être un jour en Chine) et plus seulement technologique ou économique.

Son immense apport est qu’il muscle nos neurones, qu’il nous fait communiquer, qu’il élève le niveau de savoirs de millions de personnes. L’essentiel, là, (c’est quelqu’un des Echos qui le dit) est invisible pour les chiffres.

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