Après le sommet européen informel : vraies ruptures et faux désaccords dans le couple franco-allemand.

Dans son journal de 7 heures, Nicolas Teillard a rendu compte de ce sommet, le 18ème en deux ans. Au-delà, plusieurs éléments frappent. Le premier est le choix stratégique de François Hollande d’aller très vite au combat - il est à l’Elysée depuis neuf jours ! -, et de le faire en affichant ses divergences avec Berlin. C’est une rupture avec Merkozy, où Français et Allemands tombaient d’accord avant de parler aux autres. François Hollande veut prendre la tête des pays du Sud, les sudistes, contre les nordistes - les buveurs de vin contre les buveurs de bière. C’est un choix assumé, qui peut marcher si Berlin finit, comme souvent, par lâcher du lest. Mais qui peut être dangereux puisque l’Europe a toujours avancé avec le tandem franco-allemand en éclaireur.

Les déclarations françaises et allemandes illustrent cette tension.

François Hollande veut tout mettre très vite sur la table, parce que le couple Merkozy, il le dit comme cela, n’a rien obtenu depuis deux ans. Pour l’Allemagne, c’est le ministre allemand des affaires étrangères qui a été le plus net dans Le Monde hier : ceux qui croient relancer la croissance avec des dettes n’ont rien appris de la crise. Pour Berlin, chaque pays doit faire les efforts inouïs faits en Allemagne au moment de la Réunification.

Sur plusieurs sujets, les points de vue ne sont cependant pas si éloignés.

Tous les Européens sont d’accord pour pousser la croissance, débloquer des fonds structurels inutilisés et financer des grands travaux. Cela étant, il n’y a Harvard pour savoir que le TGV Madrid- Lisbonne, le Lyon-Milan ou des éoliennes en Grèce ne créeront pas des centaines de milliers d’emplois demain matin. Le vrai sujet immédiat, c’est le rôle de la BCE vis-à-vis des banques espagnoles et la Grèce, qui inquiètent les marchés (en baisse de près de 3% hier).

Et puis, il y a les euro-obligations…

Là aussi, les choses ont été dites « cash ». Pour Paris, c’est un point de départ, pour Berlin d’arrivée. La France adore cette idée d’une dette unique après la monnaie unique : les Etats en difficulté empruntant avec les taux d’intérêt des bons élèves. Ce n’est pas si simple. L’Allemagne, valeur refuge, a émis hier des titres à 0% : pourquoi devrait-elle emprunter à 3% pour que l’Espagne passe de 6 à 3% ? Sur le fond, les euro-obligations ont déjà existé, quand les Irlandais, Grecs et Espagnols empruntaient pour rien et s’endettaient à bras raccourcis. On a vu le résultat. Enfin, il est étrange de vouloir sauver l’Europe avec une solution technique (les euro-bonds) tant qu’il n’y aura pas de solution politique , un gouvernement européen qui surveille les écarts. L’euro, technique, n’a pas forcé l’Europe politique, pourquoi les euro-bonds le feraient-ils ? Dans une famille, avant de prêter de l’argent à votre beau-frère, vous jetez un œil discret sur son train de vie et vérifiez que l’ambiance est bonne aux repas de famille !

Conclusion ?

Bravo à François Hollande de faire repartir le débat européen sur le terrain de la vision ; A condition qu’il ne s’agisse pas seulement pas de faire du bruit avant les législatives.

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