C'est celle de la répartition des postes dans les instances européennes, qui commencera dès mardi. Un duel franco-allemand Weber-Barnier est possible, Sauf si un troisième nom sort du chapeau : celui d'une danoise. Bref, on ne sait pas grand chose, sauf ce qui serait nécessaire !

Manfred Weber, Michel Barnier et Margrethe Vestager
Manfred Weber, Michel Barnier et Margrethe Vestager © Getty / picture alliance / Thierry Monasse / picture alliance

Dès mardi, les dirigeants européens réfléchiront aux conséquences concrètes du scrutin. Ils ne désigneront pas encore ce jour-là celui ou celle qui succédera à Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne. Mais ils auront un premier échange. Comme ils en auront un aussi sur le nom du futur président de l’Union à 27 (aujourd’hui, c’est le Polonais Donald Tusk) et sur le successeur de l’Italien Mario Draghi à la Banque centrale européenne. 

C'est donc un vrai jeu de chaises musicales / billard à dix bandes qui se prépare, qui concerne de près l’économie. 

Quels sont les enjeux ? La place de l’Europe face au conflit commercial et géopolitique entre Washington et Pékin, les moyens de soutenir la croissance mais aussi les réponses à apporter à la colère des électeurs qui font monter la vague populiste dans le monde entier. 

Il faut sans nul doute se méfier des phrases définitives et vaguement ridicules du genre « le rendez-vous est historique », mais on peut cette fois affirmer sans crainte de se tromper que les cinq années à venir diront vraiment si l’Europe, après le Brexit, avec une Italie une Hongrie et d’autres qui ruent dans les brancards, si l’Europe c’est « stop ou encore » (pour reprendre l'expression de Brice Teinturier, d'Ipsos)

Que se prépare-t-il ? La nouveauté est que les Allemands ont des arguments pour revendiquer la présidence de la Commission, poste qu’ils n’ont pas occupé depuis … 1967. C’est un bavarois allemand, Manfred Weber, qui est le candidat désigné par les conservateurs du PPE, le Parti Populaire Européen, qui pourrait dominer le Parlement. 

C’est la logique du Spitzenkandidate, d’autant plus que l’Allemagne est le pays puissant en Europe. 

Mais le handicap de Weber est qu’il manque de charisme, qu’Angela Merkel le soutient comme la corde soutient le pendu (à l'inverse de la nouvelle patronne de la CDU, "AKK" ... tout est compliqué !) et que l’Allemagne n’a pas vraiment la cote depuis deux ans – elle est immobile et elle est mal placée pour comprendre la vague anti-libérale. 

Du coup, les Français ont une belle carte dans leur manche : Michel Barnier. Le négociateur du Brexit se débrouille bien, il est ferme et souple à la fois (si on ose l’expression qui rappelle des souvenirs publicitaires anciens !), toutes les capitales des 28 le connaissent et Merkel lui aurait dit il y a quelques jours qu’elle l’aime bien -ou plutôt qu'elle ne lui est pas hostile. 

Son problème : il incarne peu le renouvellement. Il faut aussi noter la curieuse distance qu'affiche envers lui Nathalie Loiseau, tête de liste LREM, dans une interview au Parisien ce vendredi matin. 

Mentionnons alors un 3ème nom, celui de Margrethe Vestager, la danoise commissaire à la concurrence qui a inspiré la série Borgen. Elle s'est faite largement connaître, avec les sanctions contre Google. Elle est venue faire campagne à Paris la semaine dernière. 

Disons que ses chances sont de la taille du chas d’une aiguille, pas d’un boulevard. Mais tout est possible et Emmanuel Macron peut être tenté au premier abord (malgré le veto qu'elle a opposé au mariage Siemens-Alstom Transport, il aime les personnalités disruptives), avant que la politique et les intérêts nationaux reprennent le dessus. 

Disons enfin que du choix pour la Commission dépend celui pour la BCE, un Français (François Villeroy de Galhau ?), un allemand (Jens Weidmann, patron de la Bundesbank  ?) ou un/une autre. Et inversement.... La victoire de Frans Timmermans aux Pays-Bas pourrait lui donner le poste de chargé des relations diplomatiques extérieures.

Vous le voyez, je ne sais rien parce que tout se décidera comme d'habitude au dernier moment ! 

Mais que faudrait-il ? C'est la question clé. Dans la période où les pays sont gouvernés par des figures fortes, Poutine, Trump, Xi (Jinping), Modi en Inde, Salvini en Italie, l’Europe doit être davantage INCARNEE qu’elle ne l’a jamais été jusqu’à maintenant -et le mot est volontairement en majuscules. Les chefs d'Etat le permettront-ils ? 

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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