L’édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». ____ L’Organisation Mondiale du Commerce a publié hier soir ses nouvelles prévisions pour 2009. Elles sont « spectaculaires ». C’est un vrai tournant et le chiffre mérite d’être retenu. Selon l’OMC, le commerce mondial va reculer de 9% cette année. Cela veut dire que le volume des marchandises qui circulent entre pays sur terre, sur mer et dans l’air va diminuer de près de 10%. Inutile de dire que ce n’est jamais arrivé depuis 1945. C’est un tournant parce que, toutes ces dernières années, le commerce mondial avait progressé très fortement et de façon continue. La fin de l’année dernière a marqué un vrai coup d’arrêt. Très concrètement, cela veut dire que l’activité des ports de Shangaï ou de Singapour s’est effondrée, que le ballet des cargos devant Istanbul a ralenti et qu’il y en a un tiers de moins qui vont de la Chine aux Etats-Unis. Les pays les plus touchés sont ceux dont la richesse repose le plus sur les exportations, l’Allemagne, le Japon pour les pays développés. Mais aussi, les grands pays émergents dont l’économie repose sur les échanges extérieurs. Vous savez que 20 millions d’ouvriers chinois ont dû repartir dans leurs campagnes faute de travail dans les usines. La récession explique-t-elle à elle seule ce plongeon ? C’est l’élément principal. Quand la croissance était là, le commerce mondial a progressé encore plus vite que la production. La récession ralentit les échanges, parce que les ménages américains achètent moins de voitures japonaises, parce que les Européens s’équipent moins en électroménager chinois. Cet assèchement s’explique aussi par une autre raison. 90% des échanges sont financés par des crédits court terme, qui se sont asséchés à cause de la panne du système financier. Un exportateur chinois ne demande pas de crédit à une banque américaine parce qu’il n’a pas confiance dans cette banque. C’est une des raisons pour lesquelles l’assainissement du système financier est aussi important. De ce côté, il y a un espoir avec la présentation du plan Geithner aux Etats-Unis hier. Le dispositif imaginé est malin mais ultra-complexe, la Bourse a quand même l’air d’y croire puisque Wall Street a grimpé de presque 7% hier soir. Nous verrons. Cette contraction du commerce mondial est-elle passagère ? C’est la grande question. Est-ce qu’il y a une spirale de dé-mondialisation qui est en route, comme le craint le Premier ministre britannique Gordon Brown ? Des arguments peuvent militer pour dire que la tendance est structurelle autant que conjoncturelle. La préoccupation écologique, par exemple, fait dire que la circulation de camions, de bateaux et d’avions sur la terre entière pour transporter des pièves détachées, des biens alimentaires, des légumes de contre-saison et je ne sais quoi encore n’est pas très logique. Et puis, autre point, les Etats qui dépensent des sommes folles pour aider leurs entreprises vont tout faire pour les forcer à rapatrier leurs productions, on l’a vu avec Renault en Slovénie. Pour l’instant, les signes de protectionnisme, dangereux parce que les échanges favorisent la sortie de pauvreté, sont cependant assez ténus, heureusement. Ce n’est plus la mondialisation heureuse. Attention à ne pas l’enterrer trop vite parce que les pays émergents, notamment, n’ont aucune envie d’y renoncer, et les consommateurs européens y perdraient pas mal de pouvoir d’achat. Mais le tournant est là et, quand elle reviendra, la progression du commerce mondial sera plus modérée que depuis dix ans. En 2006, un journaliste américain, Thomas Friedman, avait écrit un best-seller mondial titré : « La terre est plate », sous-entendu : il n’y a plus de frontières. Disons qu’elle a repris quelques rondeurs.

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