Vous revenez ce matin sur des propos tenus par Jean-Paul Delevoye, le Médiateur de la République, au micro de France Inter mardi matin.

Une phrase qui éclaire le débat sur les échéances électorales et futures, notamment sur les questions économiques. "Les espérances collectivistes, vous a dit Jean-Paul Delevoye, ont disparu avec la chute du Mur de Berlin. Les espérances libérales ont disparu avec la chute de Lehman Brothers –faillite bancaire qui a déclenché la crise de 2008-2009". Fin de citation. L’analyse est juste, ou au moins elle reflète ce que pense l’opinion : l’absence de sens, d’espoir, sur ce qui se passe en économie. On peut être convaincu que seules les dérives du libéralisme sont tombées avec Lehman Brothers, juste ses dérives, mais les principaux partis politiques frappent par le flou artistique de leurs projets. On a eu beaucoup d’experts de la crise, il y a aussi une crise des experts ! C’est aussi cela qui trouble une partie des Français et les pousse vers les extrêmes. Jusqu’où la mondialisation ? Quelle place pour l’industrie ? Pour l’Etat ? Quels emplois ? Il y a pour ces partis, urgence à sortir du bois pour afficher leurs idées.

Ce n’est pas le cas aujourd’hui ! En économie, on en sait moins un an avant l’élection de 2012 qu’un an avant celle de 2007. Aujourd’hui, le PS n’a qu’un sujet en tête, le nom de son futur candidat. Et l’actuel chef de l’Etat n’est pas encore candidat. Pour lui, seul le bilan parle pour l’instant ; le Sarkozy 2.0 n’existe pas. L’UMP n’a rien fait de récent en économie. Du côté du PS, des forums ont eu lieu, mais peu de choses ont frappé les esprits si ce n’est 300.000 emplois jeunes. Quand Martine Aubry a présenté les grandes lignes du projet début mars, il en ressortait de la générosité, des valeurs, mais rien de précis. Rien qui montrait que sont perçues les difficultés de la période sur la dette. François Hollande essaie d’être plus net en refusant tout plan de relance. DSK 2.O parle de "souffrance sociale"... Il paraît qu’on aura une dizaine de propositions précises le 5 avril. Donc attendons.

Est-ce que l’on commence néanmoins à savoir sur quoi se jouera la présidentielle en matière économique ? L’emploi, la jeunesse et l’équité seront au centre. Avec la mondialisation. Mais tout est encore vague. En 1995, le thème de la lutte contre la fracture sociale l’avait emporté, après la crise de 1993 qui avait fait explosé le chômage des non-qualifiés. En 2002, la peur en était le cœur, notamment l’insécurité. En 2007, c’est à l’inverse l’espoir, le sursaut, que la politique allait à nouveau peser, rendre les choses possibles. En 2012, il faudra gérer, sur le plan économique, des déceptions. Celle de la croissance et du pouvoir d’achat à cause de la crise. Mais aussi celle de l’écologie comme nouveau moteur de l’activité.

Au fond, la droite et la gauche classiques doivent répondre à une même question ? Elles sont d’accord sur les moyens de production, la façon de fabriquer de la croissance ; pas sur les objectifs de cette croissance –essentiellement la répartition. Mais elles doivent se bouger vite pour rendre de l’espoir –si elles le peuvent– et ne pas laisser les solutions dangereuses occuper le terrain. Bref, pour parler en termes économiques, il y a urgence à ce que l’offre d’idées réponde à la demande d’idées.

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