Vous prenez de la distance, au propre et au figuré, avec les élections : vous évoquez le lancement de la fusée Ariane qui a eu lieu dans la nuit de samedi à dimanche…

Oui, ce lancement n'a pas fait, si j'ose dire, beaucoup de bruit. On en a à peine parlé. Et pourtant, ce qui s'est passé à Kourou, en Guyane, ne devrait pas nous laisser indifférent. Ariane a réussi son 217ème lancement et son 59ème d'affilée sans problème. Deux satellites pesant neuf tonnes au total ont été mis en orbite, l'un pour la télévision en Europe, l'autre pour l’Amérique latine, sans oublier le système européen Galileo de GPS. Si nous n'étions pas blasés de tout, nous resterions émerveillés par les performances de cette fusée qui grimpe jusqu’à 10 kms par seconde !

Mais ce qui est nouveau, c'est qu'Ariane fait face à de gros défis

Il y a de nouveaux concurrents et de nouvelles générations de satellites. Et du coup, le lanceur européen doit répondre à deux questions. Quelles fusées faut-il lancer dans les cinq-dix ans à venir ? Et l'organisation industrielle et politique actuelle est-elle encore adaptée ? Honnêtement, le moment est crucial.

D'abord donc, la concurrence…

L'Europe faisait la loi mais les Etats-Unis reviennent fortement. Un jeune américain, Elon Musk, qui est aussi l'inventeur du système de paiement Paypal, est entré sur le marché avec Space X et il casse les prix en s'appuyant sur la NASA. Il facture l'envoi d'un satellite 60 millions de dollars, 20 à 30% moins cher qu'Ariane. Et les clients se laissent tenter. Y compris des opérateurs espagnols ou allemands. Ariane, très fiable, a encore la moitié du marché mondial, mais il y a danger. Du côté des satellites, il y a une révolution, c'est l'idée d'avoir des satellites à propulsion électrique, et non plus qui partent dans l'espace avec du pergol – du carburant classique. Ils seront du coup plus petits.

Et dans ce contexte, Ariane a des choix à faire.

Il va falloir faire des économies. C’est le job de Stéphane Israël, le patron d’Ariane Espace et ancien directeur de cabinet d’Arnaud Montebourg. Ensuite, sur le plan industriel, pour choisir le lanceur de demain, il y a deux projets sur la table. Les scientifiques et les gouvernements poussent une Ariane 6 en 2022, pour des gros satellites. Les industriels et Arianespace préfèrent une Ariane 5 boostée dès 2018, qui permettrait d'emmener plusieurs petits satellites. Il y aura sans doute les deux, mais cela se bagarre sec. Et c'est là qu’on touche à un problème d'organisation qui saute aux yeux. Comme souvent en Europe, il y a trop d'intervenants autour d’Ariane : une Agence spatiale européenne, un Centre national français d’études spatiales, Arianespace, Bruxelles etc. Il faut simplifier cela en donnant la priorité à ceux qui sont près des clients qui paient les satellites. Pour faire avec l’espace ce qui a été fait dans l’aérien pour Airbus.

Ariane vaut vraiment la peine que l’Europe se batte ?

J'étais à Kourou ce week-end et je peux vous dire que cette base avec ses trois plates-formes, Ariane, Soyouz et Véga, et ses deux lancements prévus par mois, reste impressionnante même si un peu vieux jeu. L'Europe a renoncé à envoyer des hommes dans l'espace, qu'elle fasse tout pour garder son leadership sur les fusées.

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