Le gouvernement allemand a présenté hier son projet de budget pour 2017...

Oui, et les âmes sensibles sont priées de baisser le son de leur radio parce que le contenu de ce budget nous fait mal, à nous Français quand on se compare. Pour dire en un mot : Outre-Rhin, il y a la rigueur et il y a aussi des dépenses nouvelles. C’est le résultat d’une croissance qui n’est pas tellement supérieure à la nôtre (1,5% prévu), mais surtout d’une politique sérieuse dans la durée, qui permet d’ouvrir le portefeuille au moment où c’est nécessaire. La rigueur, d’abord : le budget sera en équilibre ou en excédent pour la troisième année consécutive, ce qui fait que l’Etat fédéral n’empruntera pas un euro, donc la dette n’augmentera pas. Mais il y a aussi, parce que 2017 sera comme en Allemagne en France une année électorale, des crédits en hausse de 3%. Listons : dépenses sociales : + 7%, avec un coup de fouet pour les retraites sans précédent depuis plus de vingt ans. Davantage d'argent pour les infrastructures et dix milliards d’euros l’an prochain pour les réfugiés.

Mais il y a peut-être un loup : les dépenses militaires…

La France reproche depuis longtemps et à raison à l’Allemagne de ne pas en faire assez, de ne pas en faire à la hauteur de ses moyens. Mais cela change, en tous cas sur le papier. Le budget de la Défense va être l'an prochain nettement gonflé, il atteindra 1,2% du produit intérieur. Soit à peine trois petits dixièmes en dessous du fbudget rançais. Seule question : on ne sait pas ce que les Allemands font de leurs militaires puisque on ne les voit pas beaucoup sur les théâtres d'opérations.

Autre point à noter : c’est un budget de … coalition.

Il est le fruit d’un accord entre le parti d’Angela Merkel et de Wolfgang Schauble, la CDU, les sociaux-démocrates de Sigmar Gabriel et la CSU bavaroise. L’équilibre budgétaire pour les uns, les dépenses sociales pour les autres, les infrastructures pour les troisièmes. C’est, en creux, un camouflet pour ces accords de majorité que n’arrive pas à faire la France et dont ce qui se passe avec la loi El Khomri présenté ce matin en conseil des ministres dans la contestation est le triste symbole. Au fond, grâce à son système politique et institutionnel, l’Allemagne a agi avec lucidité il y a quinze ans. La France, depuis quinze ans a gagné en lucidité sur ses difficultés, mais à cause de son système politique et institutionnel, nous avons une lucidité un peu immobile.

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