Comme en 2008, un procès est intenté à l'économie. Le virus n'a rien à voir avec la mondialisation. Mais il faudra relocaliser la santé et constater qu'en cas de crise, l'Europe peut sortir son gros chéquier. Ce sera donc possible pour le climat.

De nombreux commerces sont fermés en France suite à l'épidémie de coronavirus
De nombreux commerces sont fermés en France suite à l'épidémie de coronavirus © AFP / Philippe Lopez

Le virus signe la faillite du libéralisme : on entend beaucoup cela et on le lit sur les réseaux sociaux, avec souvent un ton sarcastique. Une fois de plus, comme en 2008-2009, une crise gigantesque secoue le monde et une fois de plus, partout, les gouvernements libéraux, en France et en Europe, sortent le bouclier public pour protéger l’économie privée. 

Au-delà du pragmatisme qui consiste à faire passer la santé avant l’économie, au-delà de cela, cette crise et le retour de l’Etat pompier sont-ils l’aveu de l’échec du libéralisme économique à la sauce (modérée) européenne ? 

Dans ce procès, il y a du vrai et il y a du faux. Alors commençons par le faux. On ne voit pas trop en quoi le coronavirus est lié au libéralisme, à la mondialisation. Il n’est pas dans l’économie comme il y a douze ans, il lui est extérieur. La diffusion du Covid 19 a certes été rapide parce que les voyages se sont démultipliés, mais il n’a rien à voir avec la circulation des marchandises et la finance. Les pandémies sont aussi vieilles que le monde, évidemment celle de 1918, sans remonter à la peste de Marseille de 1720. 

Autre pièce à charge dans ce procès : l’austérité et le libéralisme qui lui est associé sont-ils responsables du débordement des hôpitaux ? Pas sûr. Oui, l’hôpital manque de moyens, il faudra les augmenter, mais globalement, les dépenses de santé sont en France plus élevées qu’ailleurs, et la santé y est plus gratuite qu’ailleurs. Ce sont des choix collectifs. 

Aucun système hospitalier ne peut être à 100% prêt pour une épidémie qui arrive une fois par siècle. Enfin la pénurie de masques est un scandale de gestion administrative voire politique, mais cela a été marginalement une économie budgétaire.

Mais le procès au libéralisme est fondé : la mondialisation qui a sous-traité la production de biens de santé (les masques, les tests, certains médicaments) à la Chine devra être revue : il faudra relocaliser la santé

Ensuite, on découvre qu’en période de crise l’Europe peut envoyer balader ses principes et ses pudeurs habituelles, c’est donc possible. Y compris Bruxelles. Y compris l’Allemagne. Y compris la BCE. Et on se dit que ce qui est possible pour une crise sanitaire devra l’être pour la crise climatique dont les effets sont plus lents mais tout aussi dramatiques. 

Bref, sur l’économie d’après, il ne faudra pas se tromper ni de lecture ni de cible.

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