Le ministère de la Santé traîne les pieds sur un accès généralisé aux autotests de dépistage du Covid. Il ne souhaite pas que les grandes surfaces puissent en vendre, est-ce pour protéger les pharmacies ? Ces autotests peuvent pourtant se révéler un outil utile - de complèment.

Si on passait aux auto-tests ?
Si on passait aux auto-tests ? © Getty / Antoine Gyori - Corbis

Chaque jour, près de 400.000 Français se font tester, dans les laboratoires d’analyse, les pharmacies et les hôpitaux. Ils se font tester par des professionnels, mais est-ce un point de passage obligé ?

Il y a dix jours, la Haute Autorité de Santé a autorisé le déploiement des autotests, que chacun pourrait acheter par lot de de 10 ou 20 et utiliser quand cela bon lui chante. Dans la foulée, Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé, a promis que ces autotests seraient vite déployés en pharmacie et en supermarchés. 

Mais voilà, depuis, il ne s’est rien passé et on sent que le sujet embarrasse. L’Agence nationale de sécurité des médicaments ne peut pas, nous dit-on, valider ces auto-tests parce que c’est un dispositif médical réservé aux professionnels. On tourne en rond. 

Le gouvernement compte toutefois obtenir une dérogation d'ici la fin de la semaine, pour les déployer auprès des étudiants par exemple, puis peut-être pour la vente au grand public en pharmacie, mais il compte dire non aux grandes surfaces. 

Pas de chance pour lui, le groupe Carrefour, quand il a entendu Jérôme Salomon, en avait commandé un million en Chine, avant de faire marche arrière. 

Alors, que se passe-t-il ? 

Sa prudence, le gouvernement l’explique ainsi : ces tests ne sont pas 100% fiables, il ne faut pas déstabiliser un dispositif français qui marche bien, avec 12.000 sites de tests gratuits, les autotests ne permettraient pas le contact-tracing.

Et enfin, entend-on, il n’est pas sûr que nous saurions, ces autotests, bien les utiliser tout seuls parce que c’est une tige à se passer dans le nez. 

Mais là, notre oreille se dresse, cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose, sur le bon usage des masques dont les Français ne savaient pas faire bon usage il y  un an ? Je crois que si ! 

Bon, vraie ou fausse, l’apparence est que le gouvernement ne veut pas que les pharmaciens, très utiles, perdent une part de marché.

Et alors, vraie ou fausse ? L’avenir le dira, mais le point central, au-delà de la question économique du lieu de vente d’autotests de deux à cinq euros pièce, le point central est de savoir s’ils peuvent être utiles. La réponse : oui. Il n’y a pas toujours une pharmacie ouverte ou un laboratoire ouvert, notamment le dimanche.

Acheter à l’avance des tests à utiliser quand on se déplace, quand on rencontre quelqu’un à risque, cela peut être une sécurité de plus pour les personnes asymptomatiques. Comme pour les tests de grossesse, un test positif devra de toutes daçons être confirmé. 

Au total, c’est donc mieux que rien.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter