L'édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». Cette semaine en Europe, il sera beaucoup question de relance et de soutien à l'activité. Avec, dès aujourd'hui, à Paris, une rencontre entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ; et à Londres, la présentation d'un plan de relance. C'est une semaine clé. On peut rajouter à ces rendez-vous le plan que présentera mercredi la Commission européenne. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il y a partout une accélération : tous les pays sentent qu'il y a urgence. On est dans la même situation qu'il y a deux mois sur la finance. Il y avait un blocage des crédits, des circuits financiers : personne ne se faisait plus confiance. L'argent circule mieux, mais c'est l'économie réelle des entreprises, qui est menacée de blocage. L'automobile, le BTP, d'autres secteurs mettent les usines et les chantiers au ralenti. Ils suspendent les investissements parce que l'avenir n'est pas clair. En Allemagne, la Bundesbank prévoirait un recul de 1% du PIB l'an prochain, une première depuis 1949. En Grande-Bretagne, même chose. Dans quelques mois, cela redémarrera, la vie ne s'arrête pas, mais il faut faire la « soudure ». Seuls les pouvoirs publics le peuvent. Ils sont les seuls à ne pas avoir peur de dépenser. La relance est nécessaire, et elle est forcément budgétaire parce que la baisse des taux d'intérêt n'est pas suffisante. La Grande-Bretagne a-t-elle pris une longueur d'avance ? Cela se discute. C'est vrai que Gordon Brown, le Premier ministre britannique, n'a pas froid aux yeux. Il y a un mois, il avait été le premier à faire entrer l'Etat au capital des banques britanniques, qui étaient aussi les plus mal en point. C'était une révolution, et les Américains ont suivi. Là, il est le premier à avancer une mesure choc, extrêmement visible : la baisse de 2 points ou plus de la TVA sur les produits de consommation. Elle est à 17,5%, contre 19,6% chez nous. L'objectif est d'apporter du pouvoir d'achat aux ménages. Le problème, c'est que, de ce côté de la Manche, on doute de l'efficacité de la mesure. Baisser la TVA alors que les prix baissent, sur l'essence, l'immobilier, c'est curieux. Et puis, le risque est que ce ne soit pas les consommateurs qui en profitent, mais les distributeurs, les commerçants qui gonflent leurs marges. Cela étant, ce plan britannique met de la pression sur le couple franco-allemand. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel vont devoir réagir. Ils se voient ce matin à l'Elysée. En réalité, ce week-end, les points de vue se sont rapprochés. Le président français voudrait que la chancelière, qui dirige la première économie européenne, dégage des moyens pour relancer son économie. Cela serait bénéfique à tout le monde. L'Allemagne en a les moyens. Le problème, c'est qu'Angela Merkel ne voit pas pourquoi elle sacrifierait sa vertu budgétaire de ces dernières années pour aider des pays qui n'ont fait aucun effort, comme la France. Mais elle va être obligée d'en faire un parce que les critiques sur l'égoïsme allemand montent. On verra ce qu'il en est en fin de matinée. Et puis, mercredi, l'Europe additionnera tous les plans européens et rajoutera un peu de sa poche pour faire un beau paquet. En France, Nicolas Sarkozy travaille à un plan, mais pas sur la TVA. L'idée, c'est d'assurer du travail aux entreprises pour qu'elles ne licencient pas, pas d'aider des consommateurs dont certains n'en ont pas besoin. L'Elysée, Matignon, Bercy réfléchissent à des mesures pour faire des travaux rapidement, d'entretien dans les immeubles, sur les voies de la SNCF ou d'aider à l'achat d'une voiture. Cela devrait aller vite. C'est un peu une course contre la montre qui est engagée, et on verra quel pays s'en sort le mieux.

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