Des données publiées vendredi démontrent que, à l’inverse de ce que l’on entend parfois, les immigrés ne vivent pas mieux que les Français grâce aux prestations sociales.

On entend ce discours à l’extrême-droite notamment, mais pas seulement – c’est peut-être un sentiment répandu. Il y a dix jours encore, un responsable de l’UMP a proposé de ne verser des prestations sociales aux immigrés qu’après un certain délai en France. Eh bien, l’organisme statistique européen a publié vendredi une note passée inaperçue (que je n’ai découverte qu’hier soir) qui montre, si on la lit bien, que cette thèse est fausse. C’est chez les étrangers que le risque de pauvreté et d’exclusion est le plus élevé, en France comme dans la plupart des pays européens – mais c’est encore plus vrai en France qu’ailleurs. Ce qui ne serait pas vrai si des prestations généreusement versées compensaient cette situation.

Concrètement, cela veut dire quoi ?

La définition européenne du risque de pauvreté et d’exclusion sociale est stricte : c’est de disposer de ressources en dessous d’un certain niveau en euros après aides sociales ; ou manquer d’argent pour des achats ou des services courants de la vie quotidienne ; ou être sans emploi. Ecoutez : ce risque de pauvreté touche 15,9% des Français – au passage, un des taux les plus bas d’Europe (mais ce n’est pas le sujet). En revanche, il touche presque 56% des étrangers non européens vivant en France. Dans la mesure où on ne pense pas aux Américains quand on pense pauvreté (!), il s’agit bien des immigrés notamment des anciennes colonies françaises ou de pays du Sud.

Et, vous le disiez, l’écart entre les Français et les étrangers est plus élevé qu’ailleurs.

Sur les vingt-huit pays de l’Union, c’est, après la Belgique, chez nous qu’il y a le plus d’écart entre la situation des nationaux et des étrangers non européens. En Grande-Bretagne, en Allemagne, il est nettement moins marqué. Qu’est-ce que cela veut dire ? Que les risques de pauvreté des populations immigrées sont ici relativement plus élevés qu’ailleurs, et que cela peut s’expliquer soit par un taux de chômage plus élevé, soit par un niveau de vie plus bas.

Deux derniers indicateurs vont dans le même sens.

L’Europe a élaboré ce qu’elle appelle un « taux de privation matérielle sévère ». Quèsaco ? C’est la proportion de gens qui n’arrivent pas à payer leur loyer, à rembourser leurs emprunts immobiliers, à se chauffer correctement, à manger de la viande ou du poisson tous les deux jours, à avoir la télévision ... (bon, il y a neuf critères –je vous les épargne, on est en situation de danger quand on en réunit quatre sur neuf). Bref, 4% des nationaux français sont concernés, mais plus de un immigré sur quatre. Presque un sur trois vit dans des logements considérés comme surpeuplés. S’ils monopolisaient les aides sociales et les logements sociaux, on n’aurait pas ces résultats-là. Les poncifs ont la vie dure, mais ils sont pour l’essentiel infondés.

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