Pourquoi deux des trois laboratoires étrangers dans la course au vaccin sont-ils dirigés par des Français ? C'est le cas de AstraZeneca et de Moderna. Une longue histoire d'excellence n'est pas la seule explication.

Pascal Soriot, PDG d'AstraZeneca. Ici en février 2019 à Washington devant la commission des finances sur les prix des médicaments
Pascal Soriot, PDG d'AstraZeneca. Ici en février 2019 à Washington devant la commission des finances sur les prix des médicaments © AFP / WIN MCNAMEE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images

AstraZeneca a donc été hier le troisième laboratoire pharmaceutique à dévoiler les résultats de son vaccin contre le Covid bien sûr. Et l’entreprise britannique AstraZeneca est dirigée par un Français, comme l’Américain Moderna, qui avait annoncé des résultats il y a huit jours, est aussi présidé par un Français.

Cela veut dire que sur les laboratoires qui font la course en tête dans cette course mondiale (le premier c’était l’Américain Pfizer), sur les trois premiers, deux sont donc dirigés par des Français. 

Chez AstraZeneca, Pascal Soriot (vous n’avez sans doute jamais entendu ce nom) est passé par l’Ecole vétérinaire de Maison-Alfort puis HEC, près de Paris. Il a fait toute sa carrière dans la pharmacie, en France, mais surtout à l’international, Australie, Japon, Etats-Unis. Et, depuis 2012, il est à la tête de la société britannique, qui compte 70 000 salariés. Précision importante : AstraZeneca est associé à l’Université d’Oxford qui a vraiment trouvé ce vaccin. 

Voici, maintenant, l’autre Français, Stéphane Bancel : un centralien passé par BioMérieux -entre autres-, qui a rejoint il y a neuf ans Moderna, dont le siège est dans le Massachusetts et qui est une Biotech (une start-up de la santé). 

Alors, venons-en à l’essentiel :

1 : Pourquoi y a-t-il autant de Français dans la pharmacie mondiale  ?

(on pourrait citer aussi le patron de Takeda, un gros labo japonais)

2 : Pourquoi ces Français ne sont-ils pas restés en France ? 

A la première question, la réponse est que la pharmacie est un secteur mondialisé depuis longtemps et que la France a une tradition d’excellence dans ce domaine. Tradition née dans l’après-guerre, avec des laboratoires comme Pierre Fabre, Mérieux, et plus tard, toute la longue saga Sanofi - mais tradition un peu fatiguée aujourd’hui hélas.  

A la deuxième question, pourquoi ces Français ne sont-ils pas restés en France ?… On le disait, le secteur est mondialisé : le patron du groupe américain Pfizer, lui, est grec ! Et c’est un Britannique qui dirige le français Sanofi. 

Mais Stéphane Bancel (Moderna) a expliqué la semaine dernière pourquoi Moderna n’aurait pas pu être créé et grandir en Europe et donc en France. Selon lui, ici, il n’y a pas assez de gros investisseurs prêts à prendre de très gros risques parce que la priorité réglementaire est de protéger les épargnants. 

BioNTech, le partenaire allemand de Pfizer, dirigé par deux Turcs, est d’ailleurs coté à Wall Street.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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