Les chefs d’Etat européens se sont réunis hier à Bruxelles. Mais ils recommenceront mercredi. C’était donc un week-end pour rien ?

Pour rien , non ! mais crucial oh combien . D’abord, il faut reparler de l’enjeu. Ce qui se joue, c’est la dernière chance de l’Europe de convaincre qu’elle peut régler ses problèmes elle-même. Le sujet va au-delà de la Grèce, de l’Italie, de l’Espagne. C’est de savoir si la confusion actuelle ne grippe pas l’économie toute entière. Et la réponse est oui. Pourquoi ? Parce que les dollars repartent aux Etats-Unis, parce que les banques américaines, les marchés, ont peur, que les circuits interbancaires se bloquent. Du coup, Barack Obama, Hu Jintao, Singapour, tout le monde s’inquiète. Du coup, les banques françaises ne trouvent plus assez de dollars et de financements pour prêter aux entreprises. Si une compagnie aérienne veut acheter un A380, elle doit le payer en dollars. Si les banques n’en ont pas, pas d’opération. C’est LE problème en haut de la pile et qui rend urgent le reste. Voilà le contexte.

J’ai bien entendu votre formule : “ la dernière chance de l’Europe ”. On en est là ?

Oui. Si les Européens ne la règlent pas, les Américains, les Chinois, les montreront du doigt au G20 de Cannes, début novembre, et prendront la main. Autant dire que l’idée de l’Europe puissance battra de l’aile. Dans le détail, où en est-on ? Un sujet est réglé. De la dette grecque va encore être effacée. A partir de là, les pays européens vont reverser à nouveau 100 milliards à Athènes, tandis que les banques qui ont des titres grecs, devront se recapitaliser ou être recapitalisées d’autant. En revanche, l’autre sujet reste entier : comment éviter que les marchés pensent qu’après l’ardoise grecque, ils vont perdre aussi l’ardoise italienne. Les Allemands ne veulent pas gonfler à l’infini le Fonds européen de 440 milliards. On cherche des moyens de le gonfler sans cash supplémentaire. C’est sur l’Italie, qui ne fait pas grand chose, que la pression est très forte. Dans les coulisses, la chute du gouvernement Berlusconi est espérée.

Qu’en est-il du couple franco-allemand ?

Tout le week-end, ont circulé des rumeurs de tensions, d’éclats de voix. Nicolas Sarkozy aurait eu des mots inélégants sur Angela Merkel, laquelle ne l’aurait pas félicité pour son bébé... Et puis, à la conférence de presse commune hier, ils étaient tout sourire. Sur le fond, pendant dix-huit mois, la France a rattrapé par la manche l’Allemagne qui traînait des pieds pour aider les pays du Club Med ; aujourd’hui, Berlin est plus fort, ne veut plus seulement des paroles sur la surveillance budgétaire, mais des actes, et Paris est fragilisé sur son “ triple A ”.

Il y aura quand même un accord ?

Oui, mais une fois de plus pour répondre à l’urgence. Tant que l’Europe n’aura pas un projet, comme l’ont été successivement la réconciliation franco-allemande, le marché unique, la libre circulation, Airbus, Ariane, l’euro, l’élargissement, elle ne retrouvera pas le moral et la croissance. C’est cette chance là qu’il faudrait saisir.

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