L’avenir du traité commercial entre l’Europe et le Canada dominera l’actualité économique cette semaine.

Oui, dominera encore l’actualité économique puisqu’on en est à trois semaines de psychodrame. La Commission a donné jusqu’à ce soir aux Wallons pour dire si c’est oui ou non, et si la venue du Premier ministre canadien jeudi pour une signature officielle doit être annulée. L’on est à plus d’une possibilité sur deux d’une annulation. Ce qui est clair est que l’Union, en tant que puissance commerciale, joue sa crédibilité. Après sept ans de négociations qui ont mobilisé l’énergie de centaines de spécialistes, un échec enverra le signal que l’Europe ne veut plus conclure d’accords. Trudeau, le premier ministre canadien, l’a dit lui-même : si l’Europe ne signe pas avec nous, je ne vois pas avec qui elle signera. Les accords multilatéraux sous l’égide de l’OMC, étaient déjà morts ; S’il n’y en a plus de bilatéraux, une page sera tournée pour le commerce. Au-delà, sur le CETA, il y a deux dimensions, le fond et la forme.

Le fond ?

L’Europe, qui pèse 7 % de la population mondiale mais 30 % du commerce, a intérêt aux échanges. Elle en vit. Le traité CETA échange l’importation ici de viande bovine canadienne contre l’exportation de 18.000 tonnes de fromage européen au Canada : les 28 Européens ont estimé que c’était équilibré. Pour le reste, l’idée que le Canada sera le cheval de Troie des Etats-Unis est naïve. Il y a près de 4.000 entreprises américaines en France, elles sont déjà là. Donc, on peut craindre qu’il y ait beaucoup de théorie complotiste dans la dénonciation de l’accord. Devant son Parlement, Paul Magnette, le brillant président wallon, n’a d’ailleurs pas vraiment soulevé de réserves de fond.

En revanche, sur la forme

Il y a un problème d’articulation des niveaux de négociation et d’information des peuples. Apparemment, le parlement wallon a attendu un an avant d’avoir des réponses à ses questions. En France, Mathias Fekl, le ministre qui a suivi la négociation, est allé ving fois devant le Parlement pour l’informer, ce qui est bien mieux. Donc, il y a à revoir les procédures. Mais la question fondamentale reste la suivante : si plus personne, dans les grandes démocraties, ne fait plus confiance ni aux experts ni aux représentants élus, que fait-on sinon laisser la place aux démagogues ? Il n’y a pas le début d’un embryon de réponse.

L'équipe

Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.