La loi sur la rémunération des éditeurs de presse par Google entre en théorie en vigueur aujourd’hui. Mais pas en pratique. Une très grosse partie des médias va porter plainte devant l'Autorité de la concurrence, à Paris.

La loi sur la rémunération des éditeurs de presse par Google va entrer en vigueur aujourd’hui.
La loi sur la rémunération des éditeurs de presse par Google va entrer en vigueur aujourd’hui. © Getty / Raymond Boyd

C’est un texte européen novateur et la France est le 1er pays à l’appliquer. Mais problème est qu’en pratique, il ne va pas s’appliquer, parce que - selon les versions - Google applique la loi rien que la loi, ou Google contourne la loi avec cynisme ou les médias se sont couchés. 

Concrètement donc, rien ne changera aujourd’hui pour les utilisateurs (vous, moi), et tant mieux, mais rien ne changera non plus pour les médias qui n’empocheront pas un sou, et ça c’est un échec. 

Que dit ce texte ?  

Google met en valeur des articles d’actualité écrits par tous les médias, empoche de la pub, tandis que les médias qui produisent l’information ne touchent rien. L’Europe a donc créé un droit voisin, comme le droit d’auteur dans la musique, qui devait conduire Google à rémunérer chaque article de presse. 

Mais a été malin, très malin en disant aux éditeurs : "si vous voulez être référencé au-delà d’un service minimum, acceptez gentiment de ne pas être payé et moi, je vous publie". Faites comme vous voulez. 

Sachant que le moteur génère chaque mois 8 milliards de visites sur les sites de la presse européenne, les éditeurs ont craqué, ils ont craint de perdre une grosse partie de leur trafic, ils ont donc dit "OK Google". 

Ils avaient gagné la 1ère bataille (la loi), ils ont aujourd'hui perdu la 2ème, mais ils vont annoncer ce matin leur contre-attaque pour la 3ème. La quasi-totalité de la presse écrite et, selon nos informations, des médias audiovisuels (France Télévisions et France Monde) vont saisir l’Autorité de la Concurrence pour abus de position dominante et état de dépendance économique. 

La presse écrite a-t-elle raison de saisir l’Autorité de la Concurrence ?

Certes, 

-La presse n’a pas toujours eu ces pudeurs avec Google, qui lui a donné 80 millions d’euros en 5 ans pour divers projets. 

- C’est vrai aussi que  éditeurs et gouvernements auraient été plus avisés de livrer cette bataille en bloc, partout en Europe. 

-C’est enfin vrai que la presse en ligne de niche (comme Mediapart) a trouvé un modèle, et défend sa lecture.

Mais quand même. Les revenus publicitaires de la presse en général ont fondu de moitié en dix ans, tandis que Google a réalisé l’an dernier un bénéfice mondial de 31 milliards de dollars pour un chiffre d’affaires de 136 milliards, une rentabilité jamais vue

Le démantèlement des GAFA n’arrivera pas, parce que les Etats-Unis ne renonceront jamais à ce soft power et que les internautes aiment ce qui est gratuit, mais l’information professionnelle, contradictoire et en profondeur au service de la démocratie a un coût et le robinet qui la répand (les moteurs de recherche) doit autant en payer le prix que la source qui l’alimente (la presse et ses journalistes).

PS : les médias de l'Alliance pour l'information générale regroupant les syndicats professionnels du secteur tiendront une conférence de presse ce jeudi matin. 

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