Hier à New York, Nicolas Sarkozy a beaucoup parlé de la crise financière devant les Nations-Unies. Il a fait plusieurs propositions. Deux ont plus retenu l’attention. Il ne s’est pas contenté de dénoncer le capitalisme financier. Il a proposé l’organisation d’un sommet international entre grandes puissances, d’un sommet qui se réunirait avant la fin de l’année à Paris, Londres ou Washington. Il porterait sur la crise financière, pour en tirer les leçons et reconstruire un capitalisme régulé. Comme aurait dit le Général de Gaulle, un vaste programme. On peut ironiser sur ces sommets, s’interroger sur leur utilité. Il n’en reste pas moins que l’objectif est juste : ne pas laisser les seuls Etats-Unis agir seuls, de façon unilatérale, comme ils en ont la fâcheuse habitude. Le multilatéralisme est certainement préférable. A Paris, le précédent de la rencontre de Bretton Woods de 1944 est évoqué, quand le FMI et la Banque mondiale avaient été créés. Le problème, pour être franc, est que cette idée ne fait pas la Une de la presse américaine. Pour être crédible, l’Europe devrait essayer, déjà, de faire ses propres suggestions. Deuxième vœu de Nicolas Sarkozy : sanctionner des responsables de la crise. Est-ce possible ? Les responsables du « désastre », a-t-il dit. C’est souhaitable sans doute, dans la réalité, ce sera plus difficile. Souhaitable parce que qui n’a pas envie de trouver des coupables, d’identifier et de punir tous ceux qui ont provoqué des faillites. Là encore, Nicolas Sarkozy est fidèle à lui-même. Vous vous souvenez qu’il avait appelé au limogeage de Daniel Bouton, le patron de la Société Générale, après l’affaire Kerviel. Ce qui est intéressant, dans la crise actuelle, c’est que le président français n’est pas tout seul. Aux Etats-Unis, ce souci existe aussi au Congrès. Les citoyens américains, qui vont dépenser une fortune dans cette crise, veulent que quelqu’un paie. C’est la contrepartie politique du plan de sauvetage de la finance. Il y a donc une conjonction de volontés. Qui sont les responsables ? C’est un peu comme le sexe des anges. Identifier les vrais coupables n’est pas évident, surtout qu’il n’y a pas eu de fraude la plupart du temps. Il y a les courtiers qui ont vendu des crédits à des ménages insolvables. Les banques qui se sont échangés les produits financiers ultra-sophistiqués. Les agences de notation, qui n’ont rien vu. Les traders de Wall Street qui ont joué aux voltigeurs en amassant des fortunes. Et les patrons de toutes ces activités. La liste s'achèverait par tous ceux qui n’ont pas fixé les règles du jeu ou qui ne les ont pas fait respecter - gouvernements et autorités comme la Réserve fédérale des Etats-Unis. Dans une chaîne de responsabilités, chaque maillon compte. On ne peut donc rien faire ? Si. D’abord, il faut relever qu’il y a déjà des punis. Des banques ont déposé le bilan, comme Lehman Brothers, ou ont été rachetées, tel Merrill Lynch par Bank of America. D'autres ont été sauvées par les pouvoirs publics, comme AIG, mais leurs actionnaires sont lessivés. Certainement aussi, des têtes vont tomber. John McCain, s’il est élu, virera le président de la principale autorité de régulation, la SEC. La sanction, enfin, sera pécuniaire. Les primes des traders et des gérants vont fondre. A Londres, Gordon Brown a promis de s'attaquer à la culture des bonus dans la City. Mais on ne va pas les obliger à rendre les clés de leur Jaguar, sauf à exporter notre impôt sur la fortune ! Au total, on peut parier qu’il y aura des procès, les Etats-Unis adorent cela, que certains seront sanctionnés. D’autres passeront à travers les mailles du filet. De toute façon, l’essentiel est impalpable, c’est de remettre un peu de confiance, de sens commun dans le système.

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