Le troisième G 20 s’ouvre donc ce soir à Pittsburgh… Quel est son principal enjeu, Dominique ? La réponse pourrait être : que cela ne soit pas, comme le prédit le très pessimiste Jacques Attali, un « G vain », vain V-A-I-N. Au fond, c’est quand même la question posée aux dirigeants du G 20. Comment convaincre l’opinion mondiale qu’il n’y a pas un abîme entre les déclarations martiales des dirigeants politiques sur la correction de la finance, de l’économie, entre ces déclarations et une réalité qui, en définitive, parait si peu changée ? Comment la convaincre que les tournants à 90° dans les mots, on pense aux britanniques, on pense à Barack Obama par rapport à la période de Georges Bush, que ces mots ont fait bouger les choses depuis le sommet de Londres, le 2 avril ? Bref, que les politiques ne sont pas impuissants. C’est l’enjeu. Ce sentiment que rien ne se passe correspond-il à la réalité ? C’est plus complexe. Le G20 de Londres n’a pas été un G20 pour rien. Les plans de relance ont été lancés et des réformes techniques sont discutées partout, sur la supervision bancaire, les normes comptables, les fonds propres des banques, etc. C’est d’ailleurs sur ces points ultra-techniques que les discussions vont avoir lieu à Pittsburgh. Mais ce qui est vrai est que la fin de la récession fait que la pression est moins forte, elle arrive c’est bizarre à dire, trop tôt. C’est vrai aussi qu’un certain nombre de sujets n’auront pas de solution à Pittsburgh. La fin des déséquilibres financiers entre une Amérique qui a trop consommé en s’endettant et l’Asie qui épargne trop. Les monnaies. Ou la façon dont les montagnes de dettes publiques seront allégées. Donc, des choses avancent, mais ce n’est ni visible, ni parlant, c’est tout le problème. Vu de France, on a l’impression d’un match entre Barack Obama et Nicolas Sarkozy… Vu de France, parce que Angela Merkel a autant besoin d’un succès avant ses élections de dimanche. Et puis, les Américains accordent ces jours-ci plus d’intérêt à la diatribe de Khadafi et à la venue du président chinois qu’à notre président ! Cela dit, celui-ci est à l’offensive. Sur les bonus, il veut afficher une victoire, même s’il a mis de l’eau dans son vin : il ne s’agit plus de plafonnement en millions de dollars, mais en pourcentage des fonds propres, ce qui est plus compliqué. Du coup, il mise aussi sur des sanctions envers les paradis fiscaux récalcitrants. En mettant la barre haut, Nicolas Sarkozy prend le risque de décevoir mais s’il gagne, c’est tout bénéfice. Et Barack Obama ? Sa situation est différente. Contrairement à un président français, il doit composer avec un Congrès et des milieux d’affaires très puissants. Sur les bonus et les rémunérations, il a par exemple habilement refilé le bébé à la Réserve fédérale, la banque centrale. Mais il a besoin que le G20 chez lui réussisse. Des chances de succès, donc ? Sur la finance, cela bouge malgré tout. Mais le G20 doit parler à l’opinion avec des actes politiques, la photo ne suffit plus. Un constat pour finir, qui pourrait étonner après le choc que nous avons vu : aucun pays du G20 ne remet en cause l’économie de marché.

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